LIVRE VI. — CHAPITRE I
« grandeur de leur courage égalait la difficulté de l'en- 57 « treprise *. »
La nation nervienne n'était pas vaincue, elle était anéantie. Les vieillards et les femmes, qui avaient été déposés dans une retraite fortifiée , au milieu d'un marais, à la nouvelle de ce désastre, envoyèrent des députés vers César, déclarant qu'ils faisaient leur soumission. Pour émouvoir sa pitié, ils récapitulaient les pertes douloureuses dont sa victoire les avait frappés. « De six « cents sénateurs, disaient-ils, trois seulement nous reste tent; et de soixante mille combattants, à peine en estci il échappé cinq cents 2. . » César, voulant montrer sa douceur envers des vaincus suppliants , pourvut à la conservation de ces faibles débris d'un grand peuple, leur rendit leurs champs et leurs villes, et défendit à leurs voisins de les inquiéter en quoi que ce fût 3.
De tous les peuples de la confédération belgique, les Aduatikes seuls avaient encore les armes à la main. Ce peuple tirait son origine de ces Kimris qui, après avoir ravagé la Gaule et l'Espagne, allèrent tomber, en Italie, sous l'épée de Marius. Ce n'était alors, comme on se le rappelle, qu'un détachement de six mille hommes laissé
1. Quce facilia ex difficillimis animi magnitudo redegerat. Cses., Bell. Gall., n, 27. — Liv. epit., civ. — Plut., Cses., 20. — Flor., m, 10. — App., Bell. Gall., i, 4. — Gros., vi, 7.
2. Ex dc ad ni senatores, ex hominum millibus lx vix ad d, qui arma ferre possent, sese redactos esse. Cses., Bell. Gall., n, 28. — Tite-Live (Epitome, civ) dit que, de quatre cents sénateurs, il en resta trois, et de soixante mille guerriers, trois cents. — Plutarque (in Cses., 20) ne compte non plus que quatre cents sénateurs.
3. Quos Csesar, ut in miseros ac supplices usus misericordia videretur, diligentissime conservavit, suisque finibus atque oppidis uti jussit, et finitimis imperavit ut ab injuria et maleficio se suosque prohibèrent. Cses., Bell. Gall., n, 28.
57 par l'armée kimro-teutonne dans la forteresse d'Aduat, à la garde du butin commun1. Après la défaite de leurs frères, cesKimris s'étaient maintenus en Gaule, d'abord contre la volonté, ensuite du consentement des Belges2; ils y avaient fait des alliances et s'étaient accrus successivement de six mille à soixante mille âmes ; leur force militaire montait à dix-neuf mille guerriers.
Au moment où César pénétra sur le territoire nervien, les Aduatikes étaient en marche- pour se réunir à l'armée confédérée de la Sambre. Ayant appris en route le mauvais succès de la bataille, ils revinrent précipitamment sur leurs pas, firent évacuer leurs villes et leurs bourgades, et se renfermèrent avec toutes leurs familles et toutes leurs richesses dans leur forteresse d'Aduat, où ils attendirent l'ennemi. Les récits qui précèdent ont déjà fait connaître au lecteur ce lieu renommé danstoute la Gaule.
La nature semblait avoir tout combiné à plaisir pour en faire une retraite de peuples sauvages. C'était un large emplacement, plane, entouré d'une circonférence de rochers élevés et roides, entièrement inaccessible; il ne communiquait au dehors que par une ouverture grande de deux cents pieds et inclinée en pente douce. Un double rempart, fait de main d'homme, en défendait le passage ; l'un composé d'énormes quartiers de roc, l'autre de pieux et de poutres aiguisés. Avec les seuls moyens militaires des Gaulois, une telle forteresse ne pouvait être réduite que parla famine3.
César vint camper vis-à-vis de l'entrée d'Aduat, et les