LIVRE VI. — CHAPITRE I
difficile de gouverner avec toute autre voilure des bâti- 56 ments si chargés, que devaient assaillir des vents si violents, et le chocd'une nier si orageuse. La seule supériorité des vaisseaux romains consistait dans l'agilité de leurs rameurs : mais l'éperon, qui faisait leur principale force au moment du combat, restait de nul effet contre la niasse énorme et solide des navires gaulois. Ceux-ci avaient de plus, par leur construction élevée, l'avantage d'être à l'abri des traits, et la même raison les rendait plus difficilesà saisir e* à retenir au moyen de crampons. Enfin, quand la tempête venait à les surprendre, ils en soutenaient vigoureusement l'effort, s'arrêtaient sans crainte sur les laisses de la basse mer, et à l'époque du reflux ne redoutaient ni les brisants, ni les rochers, dangers que les navires romains n'osaient braver1.
Cependant le signal du combat fut donné et les flottes se mêlèrent. Une égale ardeur, un égal aiguillon de patriotisme ou de gloire animait les deux partis; caries Gaulois pouvaient apercevoir dans le lointain leurs femmes, leurs enfants, leurs pères qui leur tendaient les bras du haut des murailles de leur ville, et les Romains combattaient sous les yeux de César et des légions qui couvraient les dunes du rivage, d'où l'œil plongeait sur toute cette mer. Les Romains attaquèrent d'abord avec l'éperon ; mais ils ne tardèrent pas à y renoncer. Ils avaient établi sur leurs navires des tours du haut desquelles ils lançaient des projectiles de toute espèce; mais ces tours pouvaient à peine atteindre la poupe des vaisseaux vén êtes ; leurs traits étaient presque tous perdus ; tandis que ceux de l'ennemi frappaient sûrement et mortellement. Une seule invention leur fut d'un grand secours. Ils