LIVRE VI.— CHAPITRE I
conseils de ces cités, les Germains commençaient à rava- 55 ger le territoire des Trévires, que leur conduite ambiguë rendait non moins suspects au parti national qu'ils pouvaient l'être au parti romain *.
César, instruit de toutes ces choses par ses lieutenants, sentit que sa présence en Gaule était indispensable; s' arrachant donc à cette foule de courtisans de tout rang qui, dans l'intervalle de ses campagnes, accouraient à Lucques ou à Pise l'aduler, et conspirer avec lui l'asservissement prochain de Rome, malgré l'hiver encore rigoureux, il repassa les Alpes. A son arrivée, il convoqua les principaux chefs des cités gauloises, et en politique habile, feignant d'ignorer tout ce qu'il savait2, il les encouragea, les flatta, et finit par ordonner la levée d'une nombreuse cavalerie. Les troupes réunies, il se mit en marche pour le Rhin.
Lorsqu'il n'en fut plus qu'à peu de journées, il vit venir à lui les députés des Tencthères et des Usipètes, chargés de lui déclarer, au nom de ces peuples, « qu'ils « ne s'armeraient pas les premiers contre, les Romains, « mais qu'attaqués, ils ne refuseraient pas la guerre; que « c'était une vieille coutume qu'ils tenaient de leurs an- « cêtres, de se mesurer avec quiconque les provoquait, « et de ne jamais recourir à la prière. » Ils aj jutèrent « qu'ils n'avaient quitté leur pays que malgré eux et par « violence; qu'ils pouvaient être des amis utiles à qui « voudrait vivre en bonne intelligence avec eux; qu'ils « seraient des ennemis redoutables à qui viendrait les « attaquer sans sujet. Tout ce qu'ils demandaient, c'était