LIVRE V.— CHAPITRE I
batailles sans quartier, ils vouèrent solennellement aux 100 dieux tout ce que la victoire ferait tomber entre leurs mains. Ils se précipitèrent alors au combat. Les Ambrons surtout montrèrent un courage terrible 1. Les camps de Cépion et de Manlius lurent forcés l'un après l'autre; quatre-vingt mille soldats romains et quarante mille esclaves ou valets d'armée tombèrent sous le sabre, la bâche et le javelot; tout le reste fut pris, à l'exception de dix hommes, les seuls, au rapport des historiens, qui échappèrent à cette boucherie2. De ce nombre se trouvait un jeune homme que nous verrons plus tard jouer dans la Gaule un rôle brillant, Q. Sertorius; on raconte que, culbuté de cheval et blessé, il eut encore assez de force pour traverser le Rhône à la nage, portant son bouclier et sa cuirasse3. Cépion fugitif repassa les Alpes. Cette bataille eut lieu le sixième jour du mois d'octobre.
Maîtres des deux camps romains, les vainqueurs accomplirent religieusement leur vœu barbare : hommes et choses, tout ce qui avait appartenu à l'ennemi fut anéanti sans miséricorde 4. Les prisonniers étaient pendus à des arbres, l'or et l'argent jetés dans le Rhône, le bagage mis en pièces, les armes et cuirasses brisées, les brides rompues, et les chevaux eux-mêmes, précipités, périssaient dans les gouffres du fleuve 5. Cette victoire