LIVRE V. — CHAPITRE I
discipline, et, comme on l'a dit, non moins terrible au 104 soldat romain que ces bandes farouches dont il devait arrêter les ravages.
Marius se rendit dans la Province, et, avec l'aide des Massaliotes, y travailla à de grands préparatifs de défense. La longue accumulation du limon charrié par le Rhône et du sable que la mer pousse en sens contraire, avait formé autour des bouches du fleuve une barre qui en rendait l'entrée difficile, et ce n'était pas sans beaucoup de temps et sans quelques périls que les gros navires cbargés parvenaient à y pénétrer. Marius, qui voulait tirer ses approvisionnements de l'Italie et avoir la mer libre, fit creuser par ses soldats un canal large et profond, qui communiquait avec le Rhône un peu au-dessus d'Arélate, traversait la plaine stérile nommée Champ-Pierreux, et, à son embouchure dans la mer, offrait aux vaisseaux une rade commode *. Ce canal, susceptible de servir au besoin de ligne de défense, reçut le nom de Fossse Marianœ , Fosses de Marius. A son départ de la Gaule, le consul l'abandonna aux Massaliotes, en récompense de leurs fidèles services. Ceux-ci y établirent des droits d'entrée et de sortie dont le revenu devint considérable 2; ils bâtirent même près de l'embouchure une ville qui porta le même nom que le canal. Aujourd'hui l'ouvrage de Marius est comblé; mais le village de Foz nous offre un vestige encore subsistant de la ville massaliote et de son nom.
C'était par ces travaux prodigieux que Marius exerçait
1. Strab., 1. iv, p. 183. — Mêla, u, 5. —Plut., in Mario, 15. — Statistique des Bouches-du-Rhône. — Voyage de Millin dans le midi de la France, t. III.
2. 'E| ou tO.oûtov rjvÉy/.av-o ttoXùv, tï'Xt, TipaTTÔij.ïvot toù; àva7t)iov:c; xai xoù; -/.ataYOfJiivou;. Strab., 1. iv, p, 183.
104 ses soldats durant l'absence des Kimro Teutons, et son génie infatigable pourvoyait en même temps à tout ce qui pouvait préparer et assurer le succès. L'insurrection des Tcctosages et la découverte d'intelligences secrètes entre quelques villes provinciales et les hordes avaient rendu la Province fort suspecte aux Romains. Marins désirait vivement savoir à quoi s'en tenir sur la disposition intime de chacun de ces peuples; il eut voulu profiler du répit que lui laissait l'ennemi du dehors pour prévenir et désarmer celui du dedans. Afin d'éclaircir ses doutes , il imagina d'adresser aux principales cités une dépêche fermée et scellée, avec défense expresse de l'ouvrir avant un jour déterminé ; mais , ayant devancé l'époque et fait 'redemander toutes ses lettres, il trouva que la plopartavaient été décachetées, ce qui le confirma dans sa défiance *. Soit que Marins, par suite de cette défiance, exerçât sur les malheureux Provinciaux des rigueurs insupportables, soit qu'une conspiration préparée de longue main fût enfin venue à maturité, des soulèvements éclatèrent dans plusieurs cantons à la fois, et les Tectosages, qui avaient le plus d'injures à venger, se mirent les premiers en campagne, sous la conduite de leur roi Gopill. Le lieutenant Corn. Sylla, chargé par le consul d'étouffer ces révoltes, battit en plusieurs rencontres les insurgés 2, écrasa l'armée tectosage , fit prisonnier son chef 3 ; et , pour la seconde fois , comme disaient les Romains, la nation des Volkes fut pacifiée. Cependant le plus cruel ennemi de cette nation, l'an-