LIVRE V. — CHAPITRE I
cien consul Servilius Gépion , retiré à Rome depuis la 103 défaite du Rhône, ne jouissait pas sans trouble du fruit de ses brigandages. Le peuple, qui attribuait à sa conduite coupable comme général et aux profanations commises à Tolose tous les malheurs de cette journée \ avait ordonné une enquête contre lui et ses complices, pour soustraction de deniers publics. Quelque temps Gépion sut échapper à cette enquête et à une condamnation inévitable, favorisé par le sénat qui protégeait en lui l'auteur de certaines lois aristocratiques, et qui d'ailleurs ne voyait jamais sans déplaisir des accusations pour faits de concussion ou de péculat partir du peuple. Celui-ci enfin l'emporta. Dépouillé de son rang et de sa fortune, Gépion, réduit à la plus extrême pauvreté, alla finir en Asie une vie méprisée; ses filles, héritières de sa misère , ajoutèrent encore au déshonneur de son nom, et périrent comme lui dans l'opprobre 2. Cette série d'infortunes qui anéantissaient toute une famille naguère puissante et illustre, parut aux Romains un coup manifeste des vengeances du ciel ; on prétendit même qu'un sort non moins rigoureux avait frappé l'un après l'autre tous les complices de Gépion 3. Cette croyance, enracinée parmi le peuple , donna naissance à un proverbe fameux : quand un homme semblait poursuivi dans sa fortune ou dans sa vie par une fatalité implacable, on disait de lui : Cet homme a de l'or de Tolose 4.
Depuis deux ans que les Kimris s'étaient jetés sur 102 l'Espagne, ils en avaient dévasté la plus grande partie