LIVRE VI. —CHAPITRE III
quartier de Labiénus; celui-ci n'osait pas sortir en rase 54 campagne, et se préparait à soutenir un siège prochain1; il fit tenir ces nouvelles à César. En même temps, le bruit courut que les cités armoricaines s'agitaient, et menaçaient la treizième légion cantonnée sur le territoire essuen'2. Plus inquiet que jamais, et ne pouvant disposer que de deux légions incomplètes, qui ne pré sentaient que sept mille hommes sous les armes 3, César partit cependant, déterminé à remettre le salut de son armée et le sien à son audace et à sa fortune.
Arrivé à grandes journées sur la frontière nervienne, il apprit là, par des captifs, dans quelle extrémité se trouvait Cicéron : le danger n'avait fait que s'accroître depuis l'envoi de la dépêche. Il décida, par la promesse de grandes récompenses, un cavalier auxiliaire à porter sa réponse, qu'il prit la précaution d'écrire en langue grecque, afin que, si elle était interceptée, l'ennemi n'en put pas connaître le contenu4 : il mandait à Cicéron qu'il arrivait avec deux légions, et il l'exhortait à persister dans sa courageuse défense. César recommanda au cavalier gaulois de remettre, s'il se pouvait, la lettre en mains propres aux assiégés, sinon de l'attacher à la courroie de son javelot, et de la lancer dans l'intérieur du camp5. C'est ce que fit le Gaulois-, le trait se ficha dans une tour, et y resta deux jours attaché; le troisième,