LIVRE VI. — CHAPITRE III
et qui jamais n'avaient envoyé de députés aux Romains1; 53 il savait en outre que, par le moyen des Trévires, le chef éburon avait traité avec quelques peuplades germaniques. D'après ces informations, il envoya deux légions à Labiénus pour faire face aux Trévires; lui-même, à la tête de cinq autres légions, entra sur les terres des Ménapes, qui, se fiant à la nature de leur pays, se réfugièrent au fond des bois et dans les îles des marais. Les Romains s'avancèrent sur trois points d'attaque, construisant dos chaussées et jetant des ponts sur les marécages; ils incendièrent un grand nombre d'habitations, enlevèrent une multitude d'hommes et de bestiaux2. Forcés dans des retraites qu'ils avaient crues impénétrables, les Ménapes demandèrent la paix. Le proconsul la leur accorda, leur fit livrer des otages, et déclara qu'il les traiterait désormais sans quartier, s'ils donnaient asile sur leur territoire à Ambiorix ou à quelqu'un des siens; il laissa, pour les contenir, Comm l'Atrébate avec une partie de la cavalerie auxiliaire.
Il marcha ensuite contre les Trévires; mais, en son absence, ce peuple avait éprouvé des revers : Labiénus l'avait défait dans une bataille sanglante, et avait replacé Cingétorix à la tête du gouvernement3; fugitifs à leur tour, les parents d'Indutiomar avaient passé le Rhin et cherchaient un asile en Germanie. César, voyant ces deux expéditions si promptement terminées, jeta un
i. Qui uni ex Gallia de pace ad Csesarem legatos nunquam miserant. Caes., Bell. Gall., vi, 5.
2, Csesar, celeriter effectis pontibus, adit tripartito, sedifieia vicosque incendit, magno pecoris atque hominum numéro potitur. Id., ibid., G. — Dio, xl, 32. — Oros., vi, 10.
3. Cingetorigi principatus atque imperium est traditum. Cœs., Bell. Gall., vi, 8.
53 pont sur le fleuve, et fit quelques marches le long de la rive droite pour effrayer les peuples germains. Les uns se retirèrent au loin dans l'intérieur des forêts, les autres lui envoyèrent des messages de paix et des otages; il leur signifia de rompre toute relation avec les Éburons et leur chef, et de ne recevoir chez eux aucun homme de cette race que le peuple romain déclarait son ennemie, sous peine d'être traités eux-mêmes comme des ennemis de Rome. Ayant ainsi assuré sa vengeance, au delà comme en deçà du Rhin, il revint en Gaule, coupa le pont, et, sans perdre un moment, se dirigea sur le pays des Éburons par la forêt des Ardennes1.
Afin que le coup arrivât plus terrible et plus imprévu, César fit partir en avant toute sa cavalerie, sous la conduite de T. Minucius Rasilus, lui recommandant bien de ne point allumer de feu^dans les haltes, et de ne négliger aucune des précautions qui pouvaient rendre la marche prompte et secrète; Bàsilus suivit exactement ces ordres. Les Éburons, se fiant à l'éloignement de l'armée ennemie, qu'on croyait alors embarquée dans des guerres contre les Germains, n'avaient rien de prêt pour la défense : ni les soldats, ni les chefs n'étaient à leur poste, et la cavalerie romaine tombant au milieu d'eux produisit l'effet de la foudre. Basilus, ayant su qu'Ambiorix se trouvait avec un petit nombre de cavaliers à sa maison de campagne, tourne de ce côté pour le prendre mort ou vif, et peu s'en fallut qu'il ne réussît. Ambiorix, assailli à l'improviste, après s'être vu enlever ses chariots, ses chevaux, tous ses bagages, ne dut la vie qu'à un bonheur inespéré2. Comme l'habitation
i. Cses.,Bell. Gall., vi, 9-29.
2. Magnai fuit fortunœ, omni militari instrumenta, quod circum se