‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 186 sur 454 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

était située au milieu d'une forêt, les cavaliers de sa suite 53 purent s'embusquer dans un passage étroit et contenir quelque temps les Romains, tandis que le chef, sautant à cheval, s'éloigna dans la profondeur du bois.

Il était trop tard pour se rallier; d'ailleurs quelle résistance ce petit peuple pouvait-il opposer aux forces qui venaient l'envahir? Tout ce qu'Ambiorix avait encore à faire, c'était d'avertir ceux de ses compatriotes qui habitaient les cantons les plus éloignés ; et il envoya dans toutes les directions des émissaires chargés de publier « que César approchait avec dix légions et une cavalerie « innombrable : que chacun eût donc à pourvoir promp- « tement à sa sûreté. » Cette proclamation fut reçue comme l'annonce d'une destruction prochaine. En peu d'heures, tous les villages furent abandonnés, et la campagne se couvrit de bandes de fugitifs qui gagnaient, avec leurs provisions et leurs bestiaux, les lieux les plus sauvages et les moins accessibles. Les uns se réfugièrent au fond des Ardennes, d'autres au milieu des étangs et des rivières; les habitants des cantons voisins de la mer se retirèrent dans les îles nombreuses que formaient les marées sur cette plage basse et marécageuse. On en vit un grand nombre aller se livrer avec leurs biens et leurs familles à des peuples qui avaient toujours été leurs ennemis1. Mais amis et ennemis, tous également effrayés des menaces de César, leur refusèrent l'accès de leurs terres. Ambiorix, ne gardant près de lui que quatre cavaliers dévoués, se tint au milieu des bois dont il connaissait tous les détours, tous les recoins. Quant à son

habebat, erepto, rhedis equisque comprehensis, ipsum effugere mortem. Caes.,Bell. Gall., vi, 30.

i. Se suaque omniaalienissimiscrediderunt. Id., ibid., 31.

collègue, le vieux Gativolke, malade, infirme, accablé de chagrin, hors d'état de supporter les fatigues d'une telle guerre ou les privations d'une telle retraite, il mit fin à sa vie en buvant un poison composé avec le suc de l'if1. Ses dernières paroles furent des paroles de douleur et de malédiction ; il dévoua à la vengeance du ciel et de la terre l'homme qui était venu troubler ses vieux jours, et verser sur sa patrie de si effroyables calamités2.

L'épouvante gagnait les voisins des Éburons. Les Condruses et les Sègnes, tribus germaniques qui habitaient les Àrdennes entre ce peuple et les Trévires, envoyèrent en tremblant des députés à César. Ils le priaient de ne point les compter parmi ses ennemis, et de ne pas croire que tous les Germains d'en deçà du Rhin fissent cause commune avec les Gaulois; que, pour eux, ils protestaient ne s'être point mêlés de cette guerre, et n'avoir fourni aucun secours à Ambiorix. César promit de les épargner, à condition qu'ils lui livreraient tous les Éburons qui se seraient réfugiés chez eux. Il partagea ensuite son armée en quatre divisions. Labiénus avec trois légions fut envoyé vers les bords de la mer afin d'attaquer par la frontière occidentale -, Trébonius avec trois autres légions fut chargé d'entrer par la frontière méridionale; César en personne se porta avec le même nombre de fantassins et presque toute la cavalerie vers les bords de l'Escaut, où l'on disait qu' Ambiorix s'était retiré; enfin Q. Cicéron, laissé avec la quatorzième légion

1. ^Etate jam confectus, quum laborem aut belli aut fugae ferre non posset, taxo se exanimavit. Cœs., Bell. Gall., vi, 31.

2. César prétend que cet homme, c'était Ambiorix; mais nous pouvons croire, en toute sûreté de conscience, que les imprécations du vieillard gaulois s'adressaient plutôt à l'étranger contre qui Ambiorix n'avait fait que remplir son devoir de chef patriote et de Gaulois.

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