‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 189 sur 454 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

occupé à la poursuite d'Ambiorix. « A quoi vous arrêtez- 53 « vous? leur dît un captif éburon à qui ils adressaient la « même demande-, vous vous amusez à pourchasser de « chétifs troupeaux et quelques prisonniers, tandis que « la fortune semble vous inviter à une riche proie1. « Aduatika n'est qu'à trois heures de marche d'ici ; l'ar- « mée romaine y a déposé tout son bagage, et la garni- « son est à peine suffisante pour couvrir le rempart du « camp. Hâtez-vous, et tout cela vous appartient. » Ces paroles remplirent de joie les Sicambres; cachant dans un coin de la forêt le butin qu'ils avaient déjà fait, ils partirent pour Aduatika, sous la conduite du prisonnier éburon.

D'après les ordres formels de César, Cicéron avait contenu sévèrement sa légion dans le camp pendant six jours; le septième, voyant qu'on n'avait aucune nouvelle du retour du proconsul et lassé des plaintes que les soldats faisaient entendre, car les vivres commençaient à manquer, il permit à cinq cohortes de sortir pour aller couper du blé à trois milles de là. Elles n'étaient encore qu'à une petite distance du camp, lorsque la cavalerie sicambre, accourant à toute bride, tenta de forcer la porte décumane. L'attaque fut si prompte et si imprévue à cause de la proximité des bois, que les vivandiers dont les tentes étaient dressées sur la contrescarpe n'eurent pas le temps de rentrer. La cohorte de garde, surprise et troublée, put à peine soutenir le premier choc. Les assiégeants, se répandant tout autour des retranchements, cherchèrent à les escalader ; les Romains défendaient à grand'peine les portes, et le camp ne dut son salut qu'à

1. Quid vos, inquit, banc miseram ac tenuem sectamini prœdam, quibus jam licet esse fortunatissimis? Caes., Bell. Gall., vi, 35.

la hauteur du rempart et à la difficulté des approches. Dans l'intérieur tout était confusion; on se demandait la cause du tumulte; on ne savait où planter les enseignes pour se rassembler; l'un disait que l'ennemi était maître de la place : « L'armée tout entière estdéfaite, s'écriait un « autre; le proconsul est tué, cette cavalerie n'est que « l'avant-garde des barbares victorieux1. » La plupart se forgeaient des terreurs superstitieuses sur la fatalité du lieu, se rappelant la catastrophe de Sabinus et de Cotta2. Les Germains, enhardis par cette épouvante générale, se confirmaient dans l'idée que le camp n'était pas gardé; ils s'encourageaient, s'exhortaient mutuellement à ne pas laisser échapper un si riche butin, et redoublaient d'efforts.

Cependant les cohortes sorties pour aller au fourrage entendirent les clameurs, et revinrent en toute hâte sur leurs pas. A la vue des enseignes, les Germains crurent d'abord que c'était César qui arrivait, et quittèrent brusquement l'attaque du camp, mais ayant reconnu bientôt le petit nombre de leurs ennemis, ils coururent les charger de tous côtés. L'affaire fut vive; deux cohortes entières restèrent sur la place : les autres parvinrent à gagner Aduatika, mais criblées de blessures. Les Germains, désespérant de réussir à un second assaut, et craignant d'ailleurs la prochaine arrivée du proconsul, s'éloignèrent, et repassèrent bientôt le Rhin avec le butin qu'ils avaient caché dans les -bois. Mais tel était encore l'effroi

4. Alius capta jam castra pronuntiat; alius, deleto exercitu atque mperatore, victores barbaros venisse contendit... Cses., Bell. Gall., vi, 37.

2. Plerique novas sibi ex loco religiones fingunt; Cottasque et Titurii calamitatem, qui in eodem occiderint castello, ante oculos ponunt... Id., ibid.

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