‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 203 sur 454 · LIVRE VII. —CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. —CHAPITRE I

d'indépendance sous peine d'être traités comme des en- 52 nemis de la Gaule.

Ceux-ci firent connaître la sommation au gouvernement éduen, et lui demandèrent du secours. Soit tiédeur pour la cause romaine, soit inquiétude pour luimême, le gouvernement éduen hésita, craignant, disait-il, de se dégarnir de troupes ; mais les commandants romains insistèrent fortement, et quelques corps d'infanterie et de cavalerie se mirent en route l. Arrivée à la Loire, frontière des Bituriges, l'armée éduenne s'arrêta, et, après être restée plusieurs jours sur la rive droite du fleuve, revint sur ses pas, effrayée ou feignant de l'être. « Nous avons découvert , rapportèrent les chefs , un « affreux complot machiné entre les Bituriges et les « Arvernes pour nous assaillir de concert dès que nous « aurions passé la Loire, et nous n'y avons échappé que « par miracle2. » Quoi que pussent objecter les Bomains, il leur fallut se contenter de cette excuse réelle ou simulée; et incertains si la trahison des Bituriges avait quelque fondement, ou si les magistrats éduens étaient de connivence avec les insurgés , ils commencèrent à prendre en défiance la seule nation sur laquelle il leur était permis encore de compter 3. Quant aux Bituriges, ils proclamèrent aussitôt leur adhésion à la cause de l'indépendance. Vercingétorix leva des hommes et de l'argent, inspecta les places et y mit des garnisons. Pendant

1. Consilio legatorum... copias equitatus peditatulque subsidio Biturigibus mittunt. Cses., Bell. Gall., vu, 5.

2. Legatis nostris renunciant : se Biturigum perfidiam veritos revertisse, quibus id consilii fuisse cognoverint, ut si flumeu transissent, una ex parte ipsi, altéra Arverni se circumsisterent. Id., ibid.

3. Id eane de causa... an perfidia adducti fecerint, quod nibil nobis constat, non videtur pro certo esse ponendurn. Id., ibid.

ce temps-là le corps de Luctère parcourait les bords de la Dordogne et de la Garonne, forçant les peuples restés neutres à prendre les armes, afin de pousser ensuite ces masses sur la Province.

Cependant César était encore en Italie. A la nouvelle des mouvements simultanés de Vercingétorix et de Luctère, il devina le plan des insurgés, et il hésita s'il irait d'abord rejoindre ses légions dans le nord de la Gaule, ou bien, avec les nouvelles forces qu'il amenait, défendre la Province en péril. Ce dernier parti lui ayant paru le meilleur, malgré l'hiver qui régnait dans toute sa force, il passa rapidement les Alpes maritimes, et arriva inattendu sur les bords du Rhône. Sa présence rassura les Romains et contint les Gaulois provinciaux, dont les dispositions étaient chancelantes. Avec sa prodigieuse activité, il eut bientôt organisé les milices de la Province, doublé les postes de garde, placé des garnisons dans tous les lieux importants, chez les Rutènes soumis à la république, chez les Volkes Arécomikes, chez les Tolosates, et surtout autour de Narbonne. Voyant Luctère éloigné et découragé par ces mesures, il se mit en marche à la tête de troupes romaines et narbonnaises, franchit la chaîne des Cévennes à travers six pieds de neige1, et descendit sur le territoire des Arvernes. Les Arvernes se croyaient en sûreté derrière leurs montagnes glacées, comme derrière une muraille inexpugnable; l'irruption hardie du proconsul les prit au dépourvu, et César, pour augmenter la terreur, fit saccager horriblement tout le plat pays. Vercingétorix se trouvait encore sur le terri-

1. Discussa nive vi in altitudinem pedum, atque ita viis patefactis summo militum labore ad fines Arvernorum pervenit. Cœs., Bell. Gall.. vu, 8.

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toire biturige, qu'il avait dû mettre à l'abri d'un coup de 52 main des Édues. Instruites de ces événements , les troupes mu-rnes l'entourent, elles le conjurent de ne point abandonner à la destruction leurs familles et leurs fortunes : « 11 n'est pas juste, disent-elles, que les Ar- « vernes supportent seuls tout le poids de la guerre. » Vercingétorix insistait pour continuer sa marche vers le nord; il sentait combien il importait d'atteindre les légions au plus tôt, et de couper la route à César; mais tes supplications et même les murmures de ses soldats le contraignirent à rétrograder; il revint sur ses pas défendre l'Arvernie.

Dès que César apprit le retour des coalisés, il quitta son armée sous prétexte d'aller faire des levées chez les Allobroges, et se rendit à Vienne, où un corps de cavalerie l'attendait. Il en repartit immédiatement à la tête de cette cavalerie, se dirigeant du côté du nord, remonta les bords du Rhône et de la Saône à marches forcées, côtoya la frontière éduenne sans se faire connaître, et parvint sur le territoire des Lingons, où deux de ses légions étaient cantonnées : il envoya aux autres l'ordre de se rallier à lui sans délai. L'absence de César fut un trait de lumière pour Vercingétorix; il comprit son projet, et tâcha d'y mettre obstacle. Détachant une partie de ses forces pour faire face aux Romains qui ravageaient l'Arvernie, il entra sur les terres des Boïes-Éduens et mit le siège devant leur capitale, appelée Gergovie1, comme la capitale des Arvernes. On se rappelle que cette ville avait

1. Le véritable nom de cette ville est très-incertain : on le trouve orthographié dans les différents manuscrits de César, Gergovia, Gortona, Gorgobina. Sa situation n'est guère plus certaine. On suppose qu'elle occupait l'emplacement où se trouve aujourd'hui Moulins en Bourbonnais.

25i HISTOIRE DES GAULOIS.

a fait partie autrefois de la cité éduenne, et qu'à l'époque où les Boïes réunis aux Helvètes furent défaits par César, les Édues concédèrent à ce peuple un de leurs cantons, à condition qu'il reconnaîtrait, à perpétuité, leur patronage politique. Or, l'attaque de Gergovie mettait les Romains dans un grand embarras. S'ils balançaient à secourir une ville alliée, ils mécontentaient les Édues, la seule nation qui leur restât fidèle dans cette portion delà Gaule, et par cette déclaration de leur faiblesse ils doublaient la force des insurgés; s'ils prenaient le parti contraire, il leur fallait quitter leurs quartiers, au milieu de l'hiver, sans beaucoup de vivres, sans moyens de transport, et, à travers une population ennemie, aller demander le combat aux Arvernes sur le champ de bataille qu'ils avaient choisi1.

César pesa ces raisons; puis, dans celte circonstance, comme dans toutes celles qui décidèrent de sa vie et de sa gloire, il s'abandonna a son audace et à sa fortune. Il laissa deux légions et la plus grande partie de ses bagages dans Agendicum2, capitale des Senons, et se dirigea avec les autres vers Gergovie. Chemin faisant, il investit Vellaudunum, appartenant également aux Senons3, place faible qui essaya pourtant de résister; il s'en empara au bout de trois jours et continua sa marche.

A quelque distance vers sa droite se trouvait alors cette même ville de Génabum, d'où était parti le signal de l'insurrection ; César ne voulut point passer outre sans avoir donné un exemple terrible des vengeances ro-

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