LIVRE VII. — CHAPITRE I
Vercingétorix fut écouté avec calme et résignation. Aucun murmure ne l'interrompit, aucune objection ne s'éleva cou Ire le douloureux sacrifice qu'il demandait; ce fut à l'unanimité ' que les chefs de tant de nations votèrent la ruine de leurs fortunes et la dispersion de leurs familles. On appliqua sans délai ce remède terrible au pays occupé par l'ennemi. En un seul jour, plus de. vingt villes des Bituriges furent brûlées : les Carnutes et d'autres États voisins2 suivirent successivement cet exemple ; de toutes parts on n'apercevait que le feu et la fumée des incendies. A la lueur de ces flammes, à travers ces décombres et ces cendres, on voyait une population innombrable se diriger vers la frontière où l'attendaient un abri et du pain ; souffrante et morne, mais non pourtant sans consolation3, puisque ses souffrances devaient amener le salut de la patrie, puisque ses villes (du moins elle l'espérait ainsi) devaient se relever bientôt plus belles et plus glorieuses sur une terre à jamais libre !
C'était le conseil de l'armée qui désignait les villes dont le sacrifice paraissait nécessaire. Le sort d'Avaricum4, capitale des Bituriges, y donna lieu à une vive et longue discussion ; plusieurs opinaient pour qu'elle fût épargnée, Vercingétorix s'y opposa fortement. Sur ces entrefaites, quelques habitants, députés par leurs concitoyens, arrivèrent au camp gaulois. Introduits dans le conseil, ils se jetèrent à genoux ; fondant en larmes et
1. Omnium consensu bac sententia probata...Cœs., Rell.Gall.,vn,15.
2. Uno die amplius xx urbes Biturigum incenduntur; hoc idem fit in reliquis civitatibus. Id., ibid.
3. Quae etsi magno cum dolore omnes ferebant, tamen hoc sibi solati proponebant... Id., ibid.