‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 210 sur 454 · LIVRE VII. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE I

des gués de la rivière et des marais. Informé par là de tout ce qui se passait dans le camp ennemi, il enlevait les convois, surprenait les fou nageurs, et tenait César comme bloqué. Ces manœuvres réussirent, et la famine se fit sentir parmi les légions. En vain César pressait les Édues et les Boïes de lui envoyer des vivres; les premiers s'en occupaient lentement et de mauvaise grâce; le pays des autres, pauvre et peu étendu, fut bientôt épuisé1. Pendant plusieurs jours le soldat manqua de pain, et ne vécut que des bestiaux qu'on allait chercher avec beaucoup de périls dans les villages éloignés, jusque sur les terres boïennes. Enfin le proconsul découragé offrit à son armée de lever le siège; mais elle rejeta cette proposition comme ignominieuse. « Jamais, s'é- « crièrent les soldats, nous n'avons entrepris sous ta « conduite une chose que nous n'ayons pas achevée; « crois-tu donc le sang de Fusius Cotta assez vengé? » Ils demandèrent ensuite qu'on les menât sans tarder à l'assaut; le général, profitant de cette ardeur, fit avancer les tours au pied des murailles.

Cependant Vercingétorix, voyant la disette imminente parmi les assiégeants, s'était rapproché d'eux; il était venu s'établir sur une colline en pente douce, flanquée de bois et défendue par un marais profond. La nuit même qui suivit son arrivée à ce nouveau camp, il en partit avec toute sa cavalerie et son infanterie légère pour aller dresser à quelque distance de là, suivant sa coutume, une embuscade aux fourrageurs ennemis. Le hasard voulut que César fût averti à temps de ce mouvement

1. Alteri, quod nullo studio agebant, non multum adjuvabant; alteri non magnis facultatibus, quod civitas erat exigua et infirma, celeriter quod habuerunt, consumpserunt. Cses., Bell. Gall., vu, 17.

par le rapport d'un prisonnier; sans perdre un instant, il fit prendre les armes aux légions, envoya devant sa cavalerie, et se mit en marche dans le plus grand silence; au point du jour, il se trouva en face du camp gaulois. Au cri des sentinelles, les Gaulois, surpris, mais non troublés, font filer en toute hâte leurs bagages dans l'épaisseur du bois, enlèvent les ponts jetés sur le marais, obstruent et munissent les gués, et bientôt la pente de la colline se couvre de leurs nombreux bataillons rangés par nations séparées1. Leur contenance ferme et le désavantage du terrain firent hésiter César. Le marais n'avait, il est vrai, que cinquante pieds de large, mais il était profond et embarrassé : l'ai laque devait coûter beaucoup de monde, et le succès n'en était rien moins que certain. Tout bien considéré, le proconsul préféra retourner sur ses pas; il fit sonner la retraite et repartit 2, au milieu des huées et des cris de triomphe des Gaulois. L'alarme avait été vive, et l'émotion qui la suivit fut longue à se calmer. Dans ces luttes terribles où l'existence des nations est en péril, tous les regards se fixent avec inquiétude sur le chef; une surveillance ombrageuse plane autour de lui, et le soupçon de la trahison est toujours prêt à germer. Vercingétorix, malgré l'enthousiasme qu'il inspirait, n'avait point échappé à cette commune destinée des chefs populaires. Sa grande jeunesse, son infatigable activité que quelques-uns taxaient d'ambition , ses anciennes relations avec César, sans doute aussi la rigueur des sacrifices auxquels il avait entraîné la Gaule, tout concourait à rendre plus sévères les jugements portés sur sa conduite. Les plus graves

i. Gerieratim distributi in civitates. Cœs., Bell. Gall., vu, 19. 2. Reducit in castra. Id., ibid.

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