‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 211 sur 454 · LIVRE VII. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE I

accusations s'élevèrent alors contre lui au sujet des événements qui venaient de se passer; de toutes parts on criait à la trahison ; on se plaisait à rapprocher des circonstances qui semblaient perfidement combinées : l'abandon de l'ancien camp, l'éloignement d'une partie des troupes, et ce départ nocturne qui coïncidait si bien avec l'arrivée nocturne des légions *. « Un tel concours « de circonstances, disait-on, est-il un pur effet du ha- « sard? Il nous rapproche de l'ennemi, pour nousaban- « donner aussitôt, pour nous livrer à une surprise, sans « cavalerie, sans chef; car, en partant, il n'a remis à « personne le commandement de l'armée. Voilà sans « doute le gage de la paix qu'il trame avec l'ennemi; « voilà le salaire dont il veut acheter sa grâce. Il préfère « tenir des mains de César, et pour la ruine de sa patrie, « l'autorité qu'il devait à la confiance de ses frères2... « Vercingétorix est un traître! » Telles étaient les clameurs, telle était l'effervescence qui remplissait le camp, lorsque Vercingétorix rentra, à peine instruit des incidents de la journée. A peine a-t-il mis pied à terre, que tous, chefs et soldats, se pressent autour de lui, on l'entoure, on l'interroge avec menaces, on le somme de répondre, et, au milieu de son armée, le général gaulois comparaît en accusé.

D'abord, pour donner à la colère le temps de se calmer, il passe en revue toutes les imputations dont il est l'objet ; il les discute, il les détruit. « S'il s'est rapproché

1. Vcrcin^r-torix proditionis insimulatus, quod castra propius Romanos movisset, quod cum omni equitatu discessisset, quod sine imperio tantas copias reliquisset, quod ejus discessu Romani tanta opportunitate et celeritate venissent. Ctv«., Bell. Gall., vu, 20.

2. Rcgnum illum Galliae malle Cœsaris concessu quam ipsorum habere beneficio. Id., ibid.

26i HISTOIRE DES GAULOIS.

52 « de l'ennemi, l'armée en Lière connaît ses motifs; et qui pourrait blâmer la position qu'il a choisie, quand, par sa force naturelle, elle a suffi à repousser les Romains, sans qu'un seul javelot fût lancé, une seule épée tirée du fourreau? On l'accuse d'avoir éloigné la cavalerie : mais la cavalerie était utile là où il la conduisait; quel service pouvait-elle rendre dans les marécages et dans les bois ? S'ii n'avait remis à personne le commandement général, à son départ, ce n'était ni imprudence, « ni oubli, c'était dessein prémédité; car il avait toute raison de craindre que, dans son absence, des soldats indisciplinés et imprévoyants n'arrachassent à son lieutenant l'ordre de combattre1. » Élevant alors la voix, et promenant sur les rangs gaulois un œil sévère, du rôle d'accusé il passa à celui d'accusateur. « Depuis long- « temps je le vois, s'écria-t-il, les fatigues de la guerre « vous lassent, ses travaux vous ennuient, vous en ap- « pelez à grands cris la fin ; le courage et la constance « vous manquent2; voilà mon crime. Maintenant, si « c'est le hasard qui a conduit l'ennemi aux portes de « votre camp, rendez grâce au hasard ; rendez grâce à « la trahison, si c'est la trahison 3 : car elle vous a mis à « même d'apprécier la bravoure romaine. Elle vous a « montré César parti de nuit pour une surprise prémé- « ditée, reculant de terreur devant un fossé, et fuyant « honteusement au seul aspect de ceux dont il avait rêvé « la ruine. »

1. Summam imperii se consulte» nulii discedentem tradidîsse : ne is multitudinis studio ad dimicandum impelleretur. Caes., Bell. Gall., vu, 20.

2. Propter mollitiem animi... quod diutius laborem ferre non possent. Ici., ibid.

3. Romani si càsu intervenerint, fortunœ, si alicujus indicio vocati, buic habendam gratiain... ld., ibid.

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