‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 212 sur 454 · LIVRE VII. — CHAPITRE I. 2G · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE I. 2G

A l'accusation d'ambition personnelle il oppose le ta- 52 bleau de sa vie et de ses sacrifices pour la liberté'. Il s'indigne qu'on Tait soupçonné de vouloir tenir de César l'autorité qu'il tient de ses frères, et sur laquelle il avait espéré de voir rejaillir un peu de cette gloire qu'un prochain triomphe promet à la Gaule. Il offre de la résigner.

« Reprenez, leur dit-il, un pouvoir qui a pu vous « rendre ma foi suspecte; reprenez-le, si vous croyez « seulement qu'il me rapporte à moi plus d'honneur « que d'avantages à vous-mêmes et à la patrie1. » Et pour prouver à l'armée qu'il ne l'a point abusée par de vaines promesses, il fait avancer quelques Romains que sa cavalerie avait faits prisonniers, ou, si l'on en croit César, des esclaves enlevés sur les Romains2; il les interpelle en présence de tous. Ceux-ci répondent qu'ils sont des soldats légionnaires que la faim a contraints de sortir de leur camp, pour courir à la recherche d'un peu de blé; que la disette désole leurs rangs-, que bientôt les forces ne suffiront plus au travail, et que César a résolu de lever le siège dans trois jours si la place ne se rend pas. « Voilà, « dit alors Vercingétorix, ce que vous me devez, à moi « que vous accusez de trahison, à moi qui vous aurai « livré, sans coup férir, une armée victorieuse que la « famine détruit, et qu'aucune ville n'osera recevoir « dans sa honteuse retraite ; car mes ordres y ont aussi « pourvu3. »

1. Quin etiam ipsis remittere (imperium) si sibi magis bonorem tribuere, quam ab se salutem accipere videantur. Cses., Bell. Gall., vu, 20.

2. Producit servos quos... famé vinculisque excruciaverat. Id., ibid.

3. Hœc a me bénéficia habeti», quem proditionis insimulatis : cujus opéra, sine vestro sanguine, tantum exercitum victorem famé pêne consumptuni videtis : quem turpiter se ex bac fuga recipientem, ne qua civitas suis finibus recipiat, a me provisum est. Id., ibid.

A ce discours écouté clans le plus profond silence succéda une subite explosion d'acclamations mêlées au cliquetis des armes1. Dans toute cette multitude si irritée naguère on n'entendait plus qu'un seul cri : « Ver- « cingétorix est un grand général, d'une fidélité au- « dessus du soupçon, d'un génie sans égal. » Chefs et soldais, tous se pressaient de nouveau autour de lui, mais pour le féliciter, pour le conjurer d'oublier leur faute et de garder ce commandement d'où la Gaule al tendait son salut. Lui, profitant de ce retour à la confiance, proposa de jeter dans la place un renfort de dix mille hommes, « afin, disait-il, que toutes les cités coa- « lisées aient part au triomphe d'Avaricum, et que les « Cituriges ne puissent pas se vanter d'avoir seuls brisé « les armes romaines au pied de leurs remparts"2. » La mesure fut consentie à l'unanimité, et dix mille hommes, traversant les marais, pénétrèrent la nuit même dans la ville.

Tandis que ces choses se passaient dans le camp gaulois, César avait fait rouler sous les murs d'Avaricum ses tours d'attaque, et bientôt l'assaut général commença. A toutes les manœuvres de la tactique romaine les assiégés opposèrent les ressources d'un esprit ingénieux, habile à deviner et à imiter. Tantôt, avec des lacets, ils détournaient les faux de siège, et, lorsqu'ils les avaient ainsi liées, ils les enlevaient et les tiraient en dedans de leurs murailles avec des machines ; tantôt par des galeries souterraines ils minaient le sol au-dessous des terrasses

\. Conclamat omnis multitudo, et suo more armis concrepat. Cens., Bell. Gall., vu, '21.

2. Nec solis Biturigibus communem salutem committendatn... quod pênes eos, si oppidum retinuissent, summam victoriœ constare intelligohnnt. Id., ibid.

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