LIVRE VII. — CHAPITRE II
se précipitent avec fureur sur ces malheureux, ils les & traînent, ils les font expirer dans raille tortures. Aussitôt Litavic dépêche dans toutes les villes éduennes des émissaires qui sèment les mêmes récits et poussent le peuple aux mêmes vengeances : presque partout les propriétés des Romains sont pillées ; beaucoup sont massacrés, les autres jetés au fond des cachots. Gonvictolitans seconde l'impulsion par ses agents ou par lui-même, et aiguillonne la multitude, afin de la compromettre sans retour par des excès l. A Cabillonum, un tribun légionnaire et les marchands romains, qui étaient fort nombreux, assaillis par la populace, ne se laissèrent point dépouiller sans résistance; il périt dans ces luttes beaucoup de monde de part et d'autre ; mais la nation éduenne se trouva bientôt presque tout entière sous les armes. Litavic continua sa marche vers Gergovie, joyeux du succès de son stratagème, mais attendant encore avec anxiété des nouvelles de ses frères, qui le même jour devaient tenter un coup non moins hardi, au milieu même du camp romain.
Éporédorix et Virdumar étaient de jeunes Éduens que César affectionnait, et qu'il avait nominativement désignés pour commander la cavalerie. Éporédorix appartenait à la plus vieille noblesse gauloise; Virdumar était de famille très-inférieure : protégé de Divitiac, qui l'avait poussé jadis auprès du proconsul 2, il était devenu un personnage très-important, et pouvait déjà prétendre aux plus hautes charges de sa cité : tous deux avaient le
1. Adjuvat rem proclinatam Convictolitanis, plebemque ad furorem impellit, ut, facinore admisso, ad sanitatem pudeat reverti. Caes., Bell. Gall., vu, 42.
2. Cœsar sibi ab Divitiaco transditum ex liumili loco ad summam dignitatem perduxerat. Id., ibid., 39.
52 même âge, des qualités également brillantes, une égale ambition. Accoutumés de bonne lieure à se regarder comme rivaux, ils embrassaient d'ordinaire, dans les dissensions de leur pays, des avis différents : lors de la nomination du dernier vergobret, Virdumar avait voté pourGonvictolitans, tandis qu'Éporédorix appuyait Cotus de tout son zèle et de tout son crédit1. Malgré sa conduite dans cette circonstance, et malgré la faveur de César, Éporédorix ne passait point pour être, dans le fond, un ennemi de la liberté gauloise. Les conjurés ne pouvaient rien sur la cavalerie éduenne sans la coopération de ces deux cbefs ; les frères de Litavic s'ouvrirent donc à eux, et leur confièrent le secret de leur mission, les projets du vergobret et la défection prochaine de l'infanterie. Il paraît que Virdumar, sacrifiant et ce qu'il tenait et ce qu'il pouvait encore attendre des Romains, entra avec chaleur dans ce complot, qu'il travailla activement l'esprit des cavaliers, et qu'au jour convenu il devait passer avec eux dans le camp de Vercingétorix. Mais Éporédorix, tiède et indécis, dominé d'ailleurs par son esprit jaloux, ne pouvant supporter ni les services que Virdumar allait rendre à la cause nationale, ni l'ascendant futur qui en serait le prix, la veille même du jour marqué pour l'exécution, fit prévenir César, au milieu de la nuit, et lui révéla tout. « Empêchez, lui dit-il, que. par les mauvais conseils « de quelques jeunes gens, les Édues ne se séparent de « l'alliance du peuple romain: malheur inévitable si tant « de milliers d'hommes vont se joindre à l'ennemi, car «leur famille s'intéressera toujours à eux, et l'État ne
1. Pari tptatc et gratin... Ilis erat inter se de prinoipatu contentio, ot in illa magistratuum controversia, alter | ro Convictolitane, alter pro Cor . summis opilms pugnaverat. Os., Bell. Gall., vu, 39.