‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 227 sur 454 · LIVRE VII.— CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE VII.— CHAPITRE IL

« pourra pas leur retirer toute affection1. » Il eut toute- sa fois la générosité de ne point compromettre son rival. Éporédorix n'était pas né pour trahir; à peine eut-il parlé, que le repentir entra dans son âme. Il se réconcilia avec Virdumar, et n'eut plus ni contentement ni paix que son crime envers sa patrie ne fût expié.

Les révélations du cavalier éduen causèrent beaucoup d'effroi à César, qui n'avait rien soupçonné. Il donna l'ordre d'arrêter sur-le-champ les frères de Litavic; mais ceux-ci. aux aguets, parvinrent à s'évader et passèrent dans le camp arverne. Dès qu'il fit jour, le proconsul se mit en marche avec quatre légions et toute sa cavalerie, pour atteindre la division de Litavic. dont il connaissait le plan. Les deux troupes, marchant l'une vers l'autre, se rencontrèrent bientôt : les Édues firent halte et préparèrent leurs armes. Mais César ordonna d'abord à Virdumar et à Éporédorix de se porter en avant, et de haranguer leurs compatriotes. La surprise des soldats éduens fut extrême en voyant ceux dont ils avaient pleuré la mort: ils déposèrent les armes et firent réparation à César. Litavic se sauva à grand'peine et gagna Gergovie, suivi de ses clients, pour qui c'eût été un déshonneur et un crime d'abandonner leur patron dans un tel péril 2. Aussitôt que ces événements furent connus à Bibracte, Convictoliîans tira des cachots les Romains captifs, ordonna une enquête sur leurs biens pillés, fit mettre en vente ceux de Litavic et de ses frères, et prit en apparence des mesures rigoureuses

1. Ne patiatur civitatem pravis adolescentium consiliis ab amicitia populi romani deficere. Cœs., Bell. GalL, vit, 39.

2. Litavicus cutn suis clientibus, quibus nefas more Gallorum est, etiam in extrema fortuna, deserere patronos, Gergoviam profugit. Id.,

ibid., 40.

52 pour arrêter et punir les désordres; il députa aussi vers César, se disculpant et le suppliant de ne point imputer à la nation entière et à ses magistrats des malheurs qui, disait-il, étaient le fruit de l'égarement de la multitude. Par ces démarches, le vergobrei ne voulait que gagner du temps et retirer ses troupes des mains de César; la conjuration était loin de se ralentir; des conciliabules et des armements secrets continuaient d'avoir lieu sur tous les points du territoire, et, au dehors, la cité se mettait en relation avec les cités déjà coalisées ou sollicitait par des émissaires celles qui restaient encore neutres l.

Cependant, la joie que César avait ressentie de son succès contre Litavic n'avait pas été de longue durée : des nouvelles arrivées de son camp l'avaient corrompue aussitôt. Il avait appris, au moment même, que le camp et les deux légions restées à sa garde se trouvaient dans le plus grand péril. Vercingétorix, connaissant par les frères de Litavic ce qui s'était passé durant la nuit, et ensuite le départ de César, avait fait prendre les armes à ses soldats; et, descendant à l'improviste de la montagne où il campait, ilavait donné l'assaut aux retranchements ennemis. L'attaque vive, mais soutenue avec courage, s'était prolongée jusqu'à la nuit : un grand nombre de légionnaires avaient été tués, un plus grand étaient blessés; et les Romains n'avaient dû leur salut qu'aux machines qu'ils avaient fait jouer avec un rare bonheur. Telle était leur détresse ou leur épouvante, que, s' attendant à un second assaut le lendemain, ils s'étaient décidés à murer les portes de leur camp à l'exception de deux. César, sans s'arrêter un instant, revint sur ses pas

\. Cœs., Bell. Gall.» vu, 43.

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