LIVRE VII. — CHAPITRE II
et arriva au camp avant le lever du soleil : en moins de 52 vingt-quatre heures, il avait fait cinquante milles et pris seulement trois heures de repos. Son retour empêcha Vercingétorix de recommencer l'attaque, et l'armée gauloise se remit sur la défensive.
L'espoir d'emporter d'emblée la plus forte de toutes les villes insurgées, et de frapper ainsi la coalition au cœur, avait amené César sous les murs de Gergovie. Située sur une montagne très-haute, mais qui présentait d'un côté une pente assez douce, Gergovie dominait tous les alentours. Les approches en étaient difficiles et dangereuses. Plusieurs collines de médiocre grandeur s'élevaient ça et là dans le voisinage et sur les flancs de la montagne. La hauteur totale de la pente, visà-vis du camp romain, était de douze cents pas en ligne droite, mais les plis du terrain et les sinuosités de la route augmentaient de beaucoup la distance *. Vers le milieu, Vercingétorix avait fait construire en pierres énormes une redoute haute de six pieds; son armée, partagée en trois camps, occupait l'espace compris entre cette redoute et les murailles de la ville. Chacune des nations coalisées avait, dans l'un des trois camps, son quartier séparé. Au centre était placée la tente de Vercingétorix-, chaque jour, au lever du soleil, on voyait les chefs se rendre à ses ordres 2, et chaque jour, il engageait au bas de la montagne quelque combat de cavalerie; il y mêlait souvent des archers, et essayait ainsi ce qu'il pouvait attendre de la bravoure des siens. Le spectacle de cette nombreuse armée qui se déployait sur la
1. Caes., Bell. Gall., vn, 36-44. — Polyœn., Stratag., vm, 23, § 10.
2. Principes earum civitatum, quos sibi ad consilium capiendum delegerat, prima luce ad se quotidie jubebat convenire. Caes., Bell. Gal\.,Yn, 36.
52 montagne et les coteaux voisins, l'ordre et la discipline qu'on y remarquait, et l'expérience déjà faite des talents de Vercingétorix, ébranlaient la confiance du soldat, romain. César avait renoncé tout d'abord au projet d'atta-
; quer de vive force. Quoique d'ailleurs il jugeât le blocus presque impossible, il avait résolu pourtant de l'entreprendre et de s'en remettre du reste à sa fortune.
Le camp romain était situé dans une plaine au bas de la montagne. A gauche, et un peu sur la pente, se trouvait une de ces collines dont nous avons parlé, isolée et forte d'assiette : maître de ce poste, César pouvait espérer de gêner beaucoup les Gaulois pour l'arrivée de l'eau et des fourrages. Il y marcha de nuit, l'enleva, et s'en fit un second camp où deux légions séjournèrent ; un double retranchement de douze pieds de large assura la communication entre ce second camp et le premier. A cela se bornaient tous les succès obtenus par César, et ils étaient loin de contre-balancer ses pertes, et surtout le découragement qui gagnait chaque jour son armée. Lui-même enfin s'y laissa aller, et ne chercha plus qu'une occasion pour lever le siège sans trop de honte, et aller rejoindre Labiénus sur les bords de la Seine *.
Un jour qu'occupé de ces pensées, il visitait les travaux du petit camp, en jetant les yeux sur les quartiers gaulois, il crut les voir presque déserts. Surpris, il se fit amener des transfuges et des captifs, il envoya au dehors des éclaireurs, et voici le résultat des informations qu'il recueillit. La route qui conduisait à la ville, par l'autre revers de la montagne, passait au pied d'une colline escarpée et traversait un petit bois; l'importance de cette position n'avait point échappé aux Arvernes; dès le com-
\. Cœs., Bell. GalL, vu, 3G.