LIVRE VII. —CHAPITRE II
« vois, il se décide à pourvoir à sa sûreté personnelle et 52 « à celle de l'armée en abandonnant ses bagages, il sor- « tira de la Gaule, mais couvert de honte; et, privé des « choses nécessaires à la vie, il perdra beaucoup de « monde dans cette retraite. Quant à sa cavalerie, n'en « doutons point, elle n'osera pas seulement s'avancer « hors des lignes. » Et afin d'augmenter la confiance des cavaliers gaulois, Vercingétorix ajouta que, pendant leur attaque, il tiendrait toute son infanterie rangée en bon ordre devant le camp. Des cris de joie accueillirent les paroles du chef; les cavaliers s'écrièrent qu'il fallait combattre sans délai, et tous, d'une commune voix, s'engagèrent, par le serment le plus sacré, « à ne point revoir « leurs maisons, leurs familles, leurs femmes, leurs enci fants, qu'ils n'eussent au moins deux fois traversé la « ligne ennemie1. »
Vercingétorix ne laisse pas cette ardeur se ralentir. Le lendemain, il forme de sa cavalerie trois corps ; deux se montrent sur les flancs de l'armée romaine, le troisième se présente de front à l'avant-garde, et lui ferme le chemin. César forme aussi trois divisions de sa cavalerie, et les oppose aux assaillants. L'affaire s'engage sur tous les points ; les Romains font halte; ils placent leurs équipages entre les légions. Où César voit les siens pressés, il fait porter les enseignes et avancer les cohortes. Cette manœuvre arrête la cavalerie gauloise dans sa poursuite, et sauve la cavalerie romaine d'une totale destruction. Le combat fut sanglant et incertain; César y courut les plus grands dangers ; enveloppé par un gros de
4. Conclamaat équités « sanctissimo jurejurando confirmari opor- « tere, ne tecto recipiatur, ne ad liberos, ne ad parentes, ne ad uxorem « aditum habeat, qui non bis per hostium agmen perequitarit. » Coes., Bell. Gall., vu, 00.
s-2 cavaliers arvernes, il fut presque pris, et son épée resta entre leurs mains1. Enfin, sur le flanc droit des Romains, la cavalerie germaine, ayant gagné une hauteur importante, en débusque les Gaulois, les poursuit jusqu'à une rivière où Vercingétorix tenait son infanterie en bataille, et jette de ce côté beaucoup de trouble. César l'aperçoit, et met en mouvement les légions; l'infanterie gauloise, craignant d'être tournée, s'enfuit en désordre vers ses camps ; les Romains et les Germains en font un massacre horrible. Vercingétorix rallia les siens dans les trois camps qu'il avait fortifiés à peu de distance du champ de bataille. Le nombre des prisonniers fut considérable. Parmi eux on remarquait trois des principaux chefs éduens : Cotus, dont il a été question plus haut, autrefois partisan de César, et rival de Convictolitans, aujourd'hui général de la cavalerie insurgée; Cavarill, successeur de Litavic dans le commandement de l'infanterie éduenne, et un Éporédorix, qui avait été chef des Édues dans leur guerre contre les Séquanes, au temps d'Arioviste 2.
La face des choses avait bien changé : c'était maintenant l'armée gauloise qui, frappée d'une terreur panique, demandait à grands cris la retraite. Toute l'autorité, tout le sang-froid de Vercingétorix, échouèrent contre l'épouvante générale; craignant même de plus grands désastres, il leva le camp, et se porta vers Alésia, capitale des Mandubes, peuplade cliente de la cité éduenne. César ne perdit pas un instant. Laissant ses bagages sur une colline avec une garde de deux légions, il se mit
1. vE5o|e xai xxr' àp/â? xi xal crça).?,vai, xaî 8eixvvouatv 'Apëepvoc tiyi- Siov... ûç ôyi Kaiffapo; Xâçupov. Plut., in Cœs., 26.