LIVRE VII. —CHAPITRE II
ment. Avant que les lignes des assiégeants fussent ter- sa minées, il la convoqua au milieu de la nuit, exposa les dangers pressants de sa situation, et recommanda à chaque cavalier en particulier de se rendre dans son pays, afin d'appeler aux armes toute la population en âge de combattre. Il leur remémora ce qu'il avait fait pour la Gaule, les conjurant « de pourvoir à sa sûreté, de ne pas « l'abandonner au supplice et à la merci de l'ennemi, « lui qui s' était dévoué sipleinement pour la cause publi- « que 1 ; c'était sa vie qu'il fallait sauver, c'était la vie de « quatre-vingt mille hommes d'élite qui périraient avec « lui. » Il ajouta qu'il avait des vivres pour trente jours; qu'à la rigueur même il pourrait les faire durer un peu plus longtemps. Gela dit, il les congédia à la seconde veille, et les cavaliers, passant par l'intervalle que laissaient encore les ouvrages romains, s'éloignèrent d'Alésia. Pour lui, il se retira dans la ville avec son infanterie, se fit livrer tous les grains qui s'y trouvaient, prononça la peine de mort contre quiconque en recèlerait, et partagea par tête le bétail dont les habitants avaient fait grande provision. Le blé fut distribué à jours fixes et avec épargne, et l'on attendit avec résignation ou une prompte délivrance ou les horreurs d'une famine prochaine 2.
César, instruit de ces dispositions par les transfuges et les captifs, poussa avec un redoublement d'activité les travaux des lignes. Il faisait creuser d'abord un fossé de vingt pieds de large dont les côtés étaient à pic et le fond égal à l'ouverture. Tous les autres ouvrages étaient pla-
1. Neu se, de communi libertate optime meritum, in cruciatum hostibus dedant : qui si indiligentiores fuerint, millia hominum délecta lxxx secum interitura demonstrat. Caes., Bell. Gall., vu, 71.