LIVRE VII. - CHAPITRE II
« soutien ceux qui, pour notre salut, ne craignent pas 52 « de s'exposer à tous les dangers; et, par précipitation, « par imprudence, par pusillanimité, n'allez pas livrer « la patrie à l'avilissement d'un esclavage perpétuel. Parce « qu'on n'est pas arrivé à jour fixe, vous voulez douter ude la constance et de la foi publique! Mais quoi! « quand vous voyez tous les jours les Romains ajouter « au dehors et au loin des fortifications nouvelles, pen- « sez-vous qu'ils s'exercent seulement pour se tenir en « haleine? que cela vous suffise. Si tous les chemins vous « sont fermés pour avoir des rapports directs de la pro- « chaîne arrivée des nôtres, croyez-en ces témoignages; « ils vous disent assez que notre salut approche, et que « l'inquiétude et l'effroi retiennent l'ennemi jour et nuit a au travail. Quel est donc mon avis? De faire ce qu'ont « fait nos ancêtres dans leur guerre, bien moins funeste, « contre les Kimris et les Teutons. Forcés, comme nous, « d'abandonner leurs campagnes et de se renfermer « dans leurs murailles, plutôt que de se rendre, faute « de vivres, ils surent soutenir leur vie avec les corps de «'ceux que leur âge ou leur faiblesse rendaient inutiles à « la défense : et si cet exemple nous manquait, je dirais « que, pour la cause de la liberté, il serait glorieux de le « transmettre à nos descendants1. Y eut-il jamais rien à « comparer à la guerre que nous supportons? Les Kim- « ris, quand ils eurent ravagé la Gaule et couvert notre « pays de deuil et de désastres, s'éloignèrent enfin de « nos foyers; ils allèrent en chercher d'autres à dévaster; « ils ne nous enlevèrent pas nos lois2, nos mœurs, nos « biens ; la liberté nous resta. Mais les Romains, que
\. Cujusrei exemplum si non haberemus, tamen libertatis causa in-
stitui,etposterisprodipiilcherrimum judicarem. Cœs., Bell. Gall.,vn, 77.
2. Depopulata Gallia, Cimbri, magnaque illata calamitate, finibus qui-
ii. y°
<( veulent-ils? que cherchent-ils? L'avarice et l'envie les « amènent; ceux que la renommée leur a fait connaître « comme fameux et puissants par les armes, ils veulent « s'établir sur leur territoire, s'emparer de leurs champs, « de leurs demeures, et leur imposer le joug d'une éter- « nelle servitude; ils n'ont jamais fait la guerre avec « d'autres desseins; etsi vous ignorez quelle est leur police tique dans les contrées lointaines, voyez la Gaule qu'ils « ont réduite en province; elle a perdu ses lois, ses « coutumes; elle est soumise aux haches et aux fais- « ceaux, sous le poids d'un esclavage qui ne doit plus c< finir i. »
Un murmure d'horreur et en même temps d'approbation accueillit les paroles du chef arverne ; on s'écria de toutes parts qu'un tel parti était préférable à une capitulation 2, mais qu'avant de s'y résoudre , il fallait épuiser les dernières ressources. On exécuta alors une mesure moins révoltante que la mesure proposée par Critognat, quoique non moins inhumaine dans le fond; on fit sortir de. la place toutes les bouches inutiles. Les Mandubes, citoyens d'Alésia, avec leurs femmes et leurs enfants, se virent chassés de leur ville par les soldats. Pleurant et poussant des cris lamentables, ils arrivèrent à la ligne ennemie, suppliant César de les laisser passer ou de les recevoir dans son camp, fût-ce même comme esclaves; mais César ordonna qu'on les éloignât
dem nostris aliquando excesserunt, atque alias terras petierunt : jura, leges, agros, libertatem nobis reliquerunt. Cses., Bell. Gall., vu, 77.
1. Respicite finitimam Galliam, quoe in provinciam redacta, jure et legibus commutatis, securibus subjecta, perpétua premitur servitute. Id., ibid.
2. lllo tamen potius utendum consilio, sires cogat atque auxilia moreutur. ld., ibid., 78.