LIVRE VII. — CHAPITRE II
à coups de traits1. Ainsi rejetés entre la ville et le camp 53 romain, courant tour à tour des portes de l'une aux portes de l'autre, implorant tour à tour des frères et des ennemis, et ne trouvant nulle part pitié ni secours, cette foule infortunée succomba en peu de jours au désespoir et à la faim.
Cependant l'armée nationale approchait; elle parut enfin, et occupa une éminence qui touchait presque à la ligne romaine : elle campait à moins d'un mille du fossé de contrevallation. Le lendemain sa cavalerie se répandit dans la plaine, et son infanterie prit poste de tous côtés sur les collines. A la vue de ces mouvements que les assiégés apercevaient du haut des murs d'Alésia, tant de misères furent oubliées, et les angoisses firent place aux transports de la joie la plus exaltée : on s'embrassait, on se félicitait, on apprêtait gaiement ses armes, l'espérance avait rétabli toutes les forces, doublé tous les courages. Dans leur impatience enfin, la garnison sort de la ville, commence à combler avec des claies et de la terre le premier fossé de circonvallation, et se prépare à tout événement pour une attaque vigoureuse 2.
César disposa ses légions sur les deux lignes de retranchements, fit sortir sa cavalerie et engagea le combat. Du sommet des hauteurs que les deux camps occupaient, la vue portait sur la plaine, et tous les regards fixés sur les combattants épiaient leurs mouvements avec anxiété. Les Gaulois avaient mêlé à leur cavalerie quelques archers et soldats armés à la légère, qui la soutenaient dans sa retraite, et arrêtaient le choc de l'ennemi; cette infanterie gêna beaucoup les Romains, en
1. Caesar recipi prohibebat. Cœs.,Bell. Gall.,vn, 78. — Dio, xl, 40.