‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 260 sur 454 · LIVRE VII. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE IL

reste de l'armée extérieure, qui se retira dans le plus grand désordre. Poursuivie par la cavalerie ennemie, après avoir perdu presque toute son arrière-garde, elle se dispersa pour ne plus se rallier. Ainsi finit cette journée commencée avec tant d'espérances et sous des auspices si brillants. Jamais depuis huit ans les légions romaines n'avaient couru plus de dangers. Si Comm l'Atrébate, Virdumar, Éporédorix, avaient secondé les efforts opiniâtres de Vergasillaun ; si la ligne extérieure vers la plaine avait été attaquée avec autant d'audace que la ligne intérieure par Vercingétorix, la Gaule était sauvée; et le nom de César, devenu si dangereux à la liberté et au repos des nations, aurait été inscrit dans l'histoire à côté des noms de Crassus et de Varus, pour l'encouragement des peuples et l'éternel effroi des conquérants *.

Qu'on se représente, si l'on peut, l'état de la garnison d'Alésia durant la nuit qui suivit cette bataille funeste. Seul, au milieu d'une désolation inexprimable, Vercingétorix montrait un visage calme et résigné : c'est que toute espérance n'était pas éteinte au fond de ce cœur magnanime; c'est qu'il avait cru entrevoir encore une ressource, une de ces ressources qui n'apparaissent qu'aux âmes d'élite. Comme les Romains s'obstinaient à voir en lui l'auteur de tout ce qui s'était fait en Gaule depuis un an ; comme ils soutenaient, dans leurs déclarations publiques, que le noble Arverne n'avait suscité cette guerre que pour son propre intérêt, par ambition, par soif de la royauté; comme César, en toute occasion, faisait éclater contre lui une violente inimitié personnelle, Vercingétorix pensa que sa mort suffirait peut-

1. Cses., Bell. Gall., vu, 88. — Paterc, n, 47. — Plut., Cœs., 27. — Pio, xl, 40. — Flor., m, 10.

52 être aux vengeances publique et privée, et que ses malheureux compagnons pourraient obtenir merci. Il passa la nuit à se repaître de cette idée; au point du jour, il convoqua ses troupes. Pour la dernière fois, il les supplia cle se rappeler quelle cause leur avait mis les armes à la main : « Ce n'est pas la mienne seulement1, leur « dit-il, c'est la nôtre à tous, c'est la gloire et la liberté « de la Gaule. Cependant c'est bien moi qui vous aipous- « ses à cette guerre, et vous ai attirés ici : puisque le « sort a décidé contre moi , ma tête vous appartient. Je « satisferai aux Romains par une mort volontaire, ou je « me livrerai à eux vivant, selon votre désir. Délibé- « rez 2. » Le conseil envoya des députés à César, pour traiter avec lui de la reddition. La réponse du proconsul fut qu'ils devaient immédiatement livrer leur chef, leurs armes, et se rendre à discrétion 3 ; en même temps il fit dresser son tribunal hors des portes, en avant du camp, pour y recevoir la soumission des vaincus et prononcer avec solennité sur leur sort.

• Cette réponse était un arrêt irrévocable, auquel rien ne pouvait soustraire les Gaulois. Mais Vercingétorix n'attendit point que les centurions romains le traînassent pieds et poings liés aux genoux de César. Montant sur son cheval enharnaché comme dans un jour de bataille, revêtu lui-même de sa plus riche armure, il sortit de la ville, et traversa au galop l'intervalle des deux camps, jusqu'au lieu où siégeait le proconsul. Soit que la rapidité de sa course l'eût emporté trop loin, soit qu'il ne fît

1. Id se bellum suscepisse, non suarum necessitatum, sed commuais libertatis causa demonstrat. Cœs., Bell. Gall., vu, 89.

2. Quoniam sit fortunse cedendum, ad utramque rem se illis offerre, seu morte sua Romanis satisfacere, seu vivum transderevelint. Id.,ibid.

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