‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 271 sur 454 · LIVRE VII. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE III

« ruinée; sa cavalerie, sa meilleure infanterie, étaient « anéanties, Cependant, ajoutaient-ils, leurs frères avaient « tiré de cette défaite un véritable avantage, puisque « Corrée n'était plus, lui qui seul avait soulevé le peuple, « qui seul était l'auteur de la guerre; car, de son vivant, « le sénat n'avait jamais eu autant de pouvoir que « l'aveugle multitude 1. » César répondit « qu'il était « commode sans doute d'accuser les morts de toutes les « fautes commises; mais qu'il n'y avait personne, quel « que fïtt son crédit, qui pût allumer et soutenir la « guerre avec le seul secours du peuple, malgré l'oppo- « sition des principaux citoyens et du sénat; qu'au « reste il les regardait comme assez sévèrement châtiés. » La nuit suivante, la réponse de César fut rapportée aux Bellovakes, et les autres cités qui attendaient l'issue de la négociation envoyèrent à leur tour des députés et livrèrent des otages.

La guerre était donc encore une ioïë étouffée dans le nord; la population était abattue, mais nor, soumise. La domination romaine inspirait une telle haine, qu'on abandonnait en foule les villes et les campagnes pour aller vivre au fond des bois2. Des bandes nombreuses passaient le Rhin sur les traces de Comm, et renonçaient à la terre natale. Inquiet de ces migrations, et pour en arrêter le cours, César dissémina son armée sur différents points. Ayant appris que quelques centaines d'Éburons, sauvés par miracle de l'extermination de leur race, étaient revenus dans leur pays, avaient relevé leurs pauvres cabanes, et qu'Ambiorix vivait au milieu d'eux,

1. Nunquam enim senatum tantum in civitate, illo vivo, quantum imperitam plcbcm potuisse. Hirt., vin, 21.

2. Ex oppidis demigrarc, ex agris diffugere, ad prasens imperium evitandum. Id., vm, 24.

si il s'y porta aussitôt, brûla encore les habitations, gâta les moissons, massacra les enfants et les femmes. Il crut, suivant l'expression de son historien, « qu'il était de « son honneur1 de ne rien laisser debout sur cette terre « vouée à. la destruction . » Ambiorix lui échappa encore, mais le nom éburon fut effacé pour jamais de la liste des nations gauloises 2.

Diverses causes, et principalement la trahison du chef picton Durât, avaient retardé dans l'ouest de la Gaule la levée de boucliers. Ce Durât, espion des Romains 3, les informait de toutes les mesures prises par le parti national. Lorsqu'il vit l'insurrection près d'éclater, à la tête d'une troupe d'hommes vendus comme lui à l'étranger, il s'empara de la ville de Lémonum4, capitale des Pictons, et se disposa à y soutenir un siège. Toules les forces de la confédération de l'ouest n'étaient pas encore réunies. Il s'en fallait de- beaucoup. Les Andes étaient sous les armes, la brave et constante nation carnute avait quitté les forêts qui lui servaient maintenant d'habitation, pour accourir de nouveau sous les drapeaux de l'indépendance; mais les cités armoricaines n'avaient point organisé leur contingent, et Durât comprimait les Pictons. Dumnac, chef des Andes et de la confédération occidentale, jugeant que le plus pressé était de recouvrer Lémonum, vint y mettre le siège avec tout ce qu'il avait de forces disponibles.

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