LIVRE VII. — CHAPITRE III
Cependant le lieutenant C. Caninius Rébilus, can- 5J tonné non loin de la Province avec deux légions, sur les rapports qu il reçut de Durât, se porta de son côté sur Lémonum; en même temps, il fit savoir l'état des choses à César, qui lui envoya tout de suite vingt-cinq cohortes commandées par C. Fabius. Mais, arrivé près de Lémonum, Caninius n'osa point se mesurer en bataille rangée avec les assiégeants : il prit position à distance, et s'y fortifia. Dumnac marcha à lui, et l'assiégea dans son camp ; ayant perdu beaucoup de temps et de monde, sans pouvoir entamer les retranchements, il retourna au siège de la place t.
Sur ces entrefaites, Fabius approchait. Dumnac se crut perdu s'il se laissait enfermer entre les Romains et les assiégés; il retira aussitôt ses troupes du siège, et se dirigea vers le pont le plus voisin pour repasser la Loire. Fabius, qui côtoyait le fleuve en sens contraire, averti par ses espions, dépêcha en avant sa cavalerie avec ordre d'arrêter les confédérés au passage. Elle arriva comme ils traversaient le pont, et les attaqua embarrassés dans leurs bagages et troublés de ce choc subit; puis elle regagna les légions après avoir fait un grand butin et un grand carnage. Fabius alors força de marche, franchit le pont que Dumnac, dans le désordre de sa retraite, n'avait pas songé à couper, et l'avant-garde romaine atteignit l'arrière-garde gauloise. Le combat fut rude, et les Romains souffrirent beaucoup ; mais, à l'arrivée des légions, les Gaulois furent écrasés. Les vainqueurs usèrent de leur victoire comme ils en usaient d'ordinaire. « On tua, dit l'historien de César, tant que « les chevaux purent aller, et tant que les bras purent
f. Hirt., vm, 26.'
si « frapper : on massacra plus de douze mille ennemis, « soit de ceux qui avaient les armes à la main, soit de « ceux qui les avaient jetées bas *. » Fabius, poursuivant ses avantages, entra sur le territoire des Carnutes, dans l'espoir que tant de désastres coup sur coup les auraient rendus plus souples et plus faciles à soumettre ; il ne se trompait pas. Ce malheureux peuple courba enfin la tête, et livra des otages ; ainsi firent les Andes et les cités armoricaines ; Dumnac, proscrit et fugitif de forêts en forêts, gagna les régions les plus sauvages de l'Armorike. Quant à Drappès, ralliant cinq mille hommes échappés à la destruction de l'armée, il courut se réunir aux insurgés du midi ; car, aussitôt après le départ de Rébilus, Luctère, profitant de l'occasion favorable, avait déployé le drapeau national. Caninius marcha également sur ce point avec ses deux légions 2.
Le plan de Luctère était toujours d'attaquer la Narbonnaise, et déjà il en inquiétait la frontière, quand, à la nouvelle que Rébilus approchait, craignant de se trouver pris entre les deux légions et la Province, il fit retraite sur les terres des Cadurkes. Comme Luctère jouissait parmi ses compatriotes d'un crédit sans bornes, et que, au temps de sa prospérité, dit l'historien Hirtius, on l'avait toujours vu le premier à conseiller et à agir, il entra dans Uxellodunum 3, place merveilleusement forte par son assiette et autrefois sous son patronage \
1. Amplius millibus xn, aut armatorum, aut eorum qui timoré arma projecerant, interfectis. Hirt., vin, 29.