LIVRE VII. —CHAPITRE III
Cependant César, après avoir établi le questeur Marc- 51 Antoine, avec quinze cohortes, chez les Bellovakes pour ôter aux Belges le moyen de tenter de nouveaux mouvements, se mit à parcourir les différents États de la Gaule, exigeant de nombreux otages, faisant livrer à ses vengeances les hommes qui s'étaient distingués par leur dévouement à la cause publique, et cherchant d'ailleurs à rassurer l'esprit de la multitude. Arrivé chez les Carnutes, il demanda, avec les plus terribles menaces, que Gutruat fût remis entre ses mains : Gutruat avait été parmi eux l'agent le plus actif et le plus opiniâtre de la dernière insurrection ; lorque ses concitoyens s'étaient résignés à demander la paix, il les avait quittés et vivait seul au fond d'une forêt. La colère du proconsul fit craindre aux Carnutes le sort des Éburons ; ils allèrent chercher leur ancien chef dans sa retraite., se saisirent de lui et l'amenèrent au camp romain f. Soit que César eût promis d'avance aux Carnutes qu'il épargnerait la vie du prisonnier, soit que, tout en satisfaisant ses ressentiments, il voulût se réserver le droit de parler encore de sa clémence, il se fit demander par les légions le supplice de Gutruat 2. L'infortuné fut battu de verges jusqu'à la mort; après quoi, un licteur lui trancha la tête3. César était encore chez les Carnutes, lorsque des lettres de Caninius l'instruisirent des événements d'Uxellodunum et de la résolution des habitants de tenir jusqu'à toute extrémité. Ordonnant à Q. Calénus de le suivre avec deux légions, il prit toute la cavalerie et partit.
1. Omnium cura qusesitus, in castra perducitur. Hirt., Bell. Gall., vin, 38.
2. Cogitur in ejus supplicium Ccesar contra naturam suam maximo militum concursu. Id., ibid.
3. Adeo ut verberibus exanimatum corpus sccuri feriretur. Id., ibid.
si Arrivé devant la place, il la trouva investie complètement, et les ouvrages finis; ainsi il ne devait plus songer à lever le siège. Les transfuges lui ayant appris que les assiégés étaient abondamment pourvus de vivres, il essaya de leur couper l'eau. La ville était située sur une montagne, que ses flancs escarpés défendaient de toutes parts, et dont la base était ceinte par un vallon circulaire; au fond de ce vallon coulait une rivière que la nature du terrain ne permettait pas de détourner, car elle était profondément encaissée par les montagnes. Pour l'approcher, les habitants n'avaient qu'un chemin roide et difficile et ne pouvaient ni descendre ni remonter sans s'exposer aux traits des assiégeants. César, en établissant des postes de frondeurs et d'archers, et en faisant placer des machines à portée des lieux où la descente était le moins impraticable, empêcha les assiégés d'y prendre de l'eau. Ils furent alors obligés de se porter vers un seul endroit où coulait une grosse source: c'était au pied même des murailles du côté que le fleuve n'entourait pas, et qui avait environ trois cents pieds d'étendue.
César entreprit d'ôter encore cette eau aux Gaulois. Par le moyen des galeries et des mantelets, il fit élever une terrasse vis-à-vis de la fontaine, ce qui ne put s'exécuter que par des combats continuels et un travail prodigieux *. Les habitants, accourant des hauteurs, combattaient sans risque, et tuèrent ou blessèrent aux Romains beaucoup de monde. Cependant les assiégeants ne se décourageaient pas, et, tandis que les uns portaient les mantelets en avant, d'autres travaillaient à conduire sous terre des galeries couvertes, depuis la terrasse jus-