LIVRE VIII. — CHAPITRE I
de cavalerie tirée de l'une et de l'autre province transal- 50 pine1. En attirant de son côté l'élite des troupes gauloises, César les enlevait d'abord à ses rivaux, ensuite à leur propre patrie, où elles auraient pu susciter des troubles; il se procurait à la fois des soldats et des otages; il épuisait la Gaule pour la contenir. Cet affai blissement, ces promesses, ces faveurs enchaînèrent la Transalpine à l'obéissance; de nouvelles irruptions des Germains achevèrent d'absorber son énergie et les restes de sa vigueur; elle ne profita point des chances de délivrance que venaient lui offrir, comme à souhait, les guerres civiles de Rome.
César attachait d'autant plus de prix à l'affection de la nouvelle province, que les sentiments de l'ancienne lui étaient fort suspects. La Narbonnaise devait être pompéienne : tant de colonies militaires tirées des armées de Pompée, tant de colonies civiles enrichies par les confiscations de Pompée, tant de familles indigènes honorées par Pompée du titre de la cité romaine et comblées de ses dons, y formaient nécessairement pour ce général un parti puissant. Massalie, dont la décision mettait un poids immense dans les destinées de la Province, liée, par la reconnaissance à la personne de Pompée, soutenait d'ailleurs par principes politiques la cause de l'aristocratie. César avait essayé d'attirer à lui cette ville importante, en imitant envers elle la générosité de son rival : il lui avait accordé dans la Gaule chevelue de grands avantages qui ne nous sont pas bien connus, mais qui consistaient , suivant toute apparence , en péages et en immunités de commerce2 : Massalie ne se
1. App., Bell, civ., passim. — Caes., Bel!, civ., pass. — Hirt., pass.
2. Bello victos Sallyas attribuit, vectigaliaque auxit. Caes., Bell, civ., i,35.
laissa point séduire par ces faveurs; tout en acceptant de César, elle resta fidèle à Pompée. A ces causes antérieures au gouvernement du proconsul se joignait sa conduite présente à l'égard du pays soumis par ses armes. Ce n'était pas sans un secret sentiment de jalousie que l'ancienne province voyait les ménagements, la prédilection du conquérant pour sa conquête, et l'importance qu'il promettait de lui donner un jour; les provinciaux des bords du Rhône murmuraient, avec quelque raison, de ce que des ennemis à peine domptés supportaient moins de charges et jouissaient d'autant de privilèges qu'eux, vieux sujets de la république, obéissant à ses lois depuis près d'un siècle. Telle se trouvait la disposition des esprits dans les deux Gaules, au moment où l'ambitieux proconsul, levant les enseignes de la guerre civile, descendit des Alpes, et passa le Rubicon.
49 On sait avec quelle rapidité César se rendit maître de Rome : Pompée, le sénat, tous ses ennemis, s'enfuirent sans oser l'attendre, et se dispersèrent en Espagne, en Grèce, en Afrique. La présence des bandes transalpines sous ses enseignes contribuait fortement à cette terreur que sa marche répandit par toute l'Italie. Ce n'était pas sans indignation ni colère que les Romains, môme partisans de sa cause, voyaient des cavaliers trévires dévaster les campagnes du Tibre et du Nar1, et les aigles romaines humiliées, fugitives devant des légionnaires enfants de l'Aquitaine ou de la Séquanie. Les bruits les plus sinistres couraient de -bouche en bouche; on exagérait le nombre de ces auxiliaires barbares; a et encore, disait-on, ce