‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 292 sur 454 · LIVRE VIII. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE I

ses places, sous les portiques de ses édifices1. C'est de là 49 que, durant la bataille, l'armée romaine observait les mouvements divers de cette population inquiète : les filles et les femmes se pressant vers les temples, baignant de pleurs les statues des dieux ; les vieillards sur les places, tantôt mornes et silencieux, tantôt exaltés par l'enthousiasme et la confiance ; les soldats postés de garde sur les murailles, laissant parfois échapper leurs armes pour lever au ciel des bras suppliants2. Puis, aussitôt que la trirème messagère de malheur fut aperçue du port , les Romains virent toute la foule y courir hors d'haleine, et alors éclater les signes de la plus touchante affliction. <i C'était, dit l'historien de cette guerre, un deuil aussi « profond , c'était une désolation aussi violente que si la « ville eût été prise d'assaut et mise au pillage3. » Cependant les Massaliotes persistèrent dans leur héroïque défense et continuèrent à gêner du côté de la terre les travaux des assiégeants.

Les Romains, de leur côté, ne montraient pas moins d'opiniâtreté et de bravoure. Trébonius construisit avec un travail immense des machines de toute espèce, livra des assauts, repoussa des sorties, et enfin , après plusieurs mois, vint à bout de faire brèche à la muraille. Une partie d'une tour, sapée par le pied, tomba ; l'autre menaçait ruine ; et les Romains, en achevant de la renverser, se voyaient maîtres de la ville. Dans ce pressant danger, les assiégés eurent recours à la commisération du vainqueur.

1. Facile erat ex castris C. Trebonii atque omnibus superioribus locis prospicere in urbem. Gses., Bell, civ., n, 5.

''. Ex muro ad cœluin manus tendere. Id., ibid.

3. Ornais multitudo sese. ad cognoscendum effudit ac, re cognita, tantus luctus excepit, ut urbs ab hostibus capta eodem. vestigio videretur. Id., ibid., 7.

49 Ils sortent en foule par la porte voisine, désarmés, yêtus en suppliants, les bras tendus vers l'armée ennemie. A ce spectacle nouveau, l'attaque cesse ; les soldats, quittant les machines, accourent de toutes parts pour voir et savoir ce que cela signifiait ; les généraux arrivent bientôt. Alors les Massaliotes se jettent à leurs genoux; ils les supplient d'attendre l'arrivée de César. « Ils considèrent leur ville comme prise, disent-ils, puisque les ouvrages des assiégeants sont achevés et la tour ébranlée dans ses fondements ; ils renoncent donc à toute défense, et le délai qu'ils implorent ne peut avoir aucun inconvénient, César, alors comme maintenant, étant toujours maître de leur sort. Ils représentent que, si leurs murs s'écroulent par le choc des machines, si la brèche s'élargit sous le bélier, c'en est fait d'eux et de leur patrie ; la prudence des chefs sera impuissante pour contenir l'ivresse du soldat : Massalie sera saccagée et effacée du monde. »

Ces plaintes exprimées par les orateurs massaliotes avec une irrésistible éloquence, au milieu des sanglots et des larmes d'un peuple entier, émurent de pitié les chefs romains1. Trébonius ordonna de cesser l'attaque, laissant seulement une garde aux ouvrages : la compassion fit une espèce de trêve. En attendant l'arrivée de César, des deux côtés on cessa de lancer des projectiles, et, regardant le siège comme une affaire terminée, les assiégeants négligèrent tous les moyens de surveillance et de précaution. César d'ailleurs avait expressément recommandé par lettres à Trébonius de ne pas souffrir que la ville fût prise d'assaut, de peur que le soldat, irrité de cette longue résistance, n'accomplît ses menaces, car il avait juré de la

1. Hanc atque ejusdcm gcnoris compïnra, ut al> hominibns doctis, magna misericordia flctuque pronuntiantur. Cœs., Bell, civ., H, 12.

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