LIVRE VIII. —CHAPITRE I
mettre à feu et à sang et de massacrer tout ce qui était 49 en âge de porter les armes. Un tel événement eût terni la gloire du proconsul, qui professait tant d'amour pour les lettres et montrait tant de prétentions à la clémence : puis, une si vieille alliée de Rome méritait bien quelques ménagements. Quoique César portât dans le fond du cœur aux Massaliotes une haine profonde, son intérêt répondait de la sincérité de ses ordres ; toutefois les légions murmuraient ; elles reprochaient amèrement à Tréfconius de les frustrer d'une conquête assurée, et de leur ravir le fruit de tant de fatigues1.
Mais au milieu de la sécurité de cette trêve arriva un événement qui ne fut jamais bien éclairci, et dont les deux partis s'attribuèrent réciproquement tout l'odieux. Soit que les soldats romains eussent les premiers tenté une attaque de nuit 2, soit que l'initiative fût prise par les Massaliotes 3, ceux-ci sortirent de leurs murailles et mirent le feu aux ouvrages des assiégeants : favorisé par un vent violent, l'incendie enveloppa avec rapidité la terrasse, les mantelets, la tortue, la tour et les batteries; en un instant tout fut réduit en cendres. Ce succès causa aux assiégés plus de joie que d'utilité réelle. Le soldat romain, animé par la colère, travailla à la reconstruction des ouvrages avec une telle ardeur, qu'en peu de jours tout fut rétabli comme auparavant 4. Cependant la ville était dépeuplée par la famine et par des maladies pestilentielles, fruit du blocus et de la mauvaise nourriture ; car, depuis longtemps, on n'y faisait plus usage que de vieux millet et