LIVRE VIII. —CHAPITRE I
produisit guère plus d'émotion au delà des Alpes , où la 4G préoccupation des intérêts présents affaiblissait les souvenirs, où les compagnons mêmes de Vercingétorix prêtaient leurs bras à César. Ce qui frappa les Romains, ce fut le contraste des faveurs et de l'humiliation presque simultanées dont la Gaule se trouvait l'objet; ils s'en expliquèrent hautement; et, pendant la cérémonie, les soldats chantaient derrière le char du dictateur des vers satiriques dont le sens était : « César triomphe des Gau- « lois, et César les place dans le sénat, où ils ont quitté « leurs braies, pour prendre le laticlave l. »
En effet, cette intrusion des Transalpins dans rassemblée aristocratique blessait profondément les Pompéiens, les partisans de la vieille constitution romaine, ceux, en un mot, qui tenaient, comme on disait, à la majesté du nom romain. A les entendre, tout était perdu, les arts comme la domination de Rome, la parole comme la liberté. Parce que, aux conseils de leurs vainqueurs, quelques citoyens d'un peuple injustement attaqué et plus injustement conquis plaidaient la cause de leurs frères avec un accent peut-être un peu rude, on s'écriait qu il y avait tumulte gaulois dans l'éloquence, et Cicéron laissait échapper ces plaintes douloureuses : « Adieu « l'urbanité! Adieu la fine et élégante plaisanterie! la « braie transalpine a envahi nos tribunes 2. »
Le système de modération appliqué par Jules César à la province chevelue avait produit en peu d'années des fruits abondants. « Voyez, disait le consul Marc-