‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 317 sur 454 · LIVRE VIII. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE II

vées, celui de l'agriculture1 dans le peuple, encouragés 27 par le gouvernement, absorbèrent l'activité inquiète du caractère gaulois, et servirent merveilleusement de passage aux institutions de la conquête.

Venait enfin la qustion de Tordre civil et de l'ordre religieux, celui-ci fondement du premier chez les Gaulois1; là se trouvait pour le réformateur le grand travail et le grand péril.

Le druidisme, par sa nature même, comme religion sacerdotale, comme doctrine scientifique, régulatrice des lois civiles et morales, comme magistrature divine et humaine, était incompatible avec toute civilisation étrangère, quelle qu'elle fût. Les révolutions intestines l'avaient dépouillé, il est vrai, de l'autocratie politique, mais il conservait l'empire absolu des mœurs et de la science. Auguste sentait toute l'étendue de sa puissance, et n'osa pas l'attaquer de front ; il se contenta d'interdire aux Gaulois, citoyens romains, l'observance de ce culte, le déclarant contraire aux croyances romaines2 : interdiction légitime, car l'Empereur, dispensateur suprême du droit de cité, pouvait mettre à cette faveur toute condition qui lui semblait juste; il n'y avait point là violence ni persécution contre la foi transalpine. Il abolit aussi, comme barbare, la célébration complète des sacrifices humains, permettant seulement aux prêtres de faire une légère blessure aux fanatiques qui persisteraient à se dévouer, et de répandre sur l'autel ou le bû-

(j.iTOoû[j.£vai, xaOàrap y.at îaxpovç. Strab.,I. IV, p. 181.— Id., ibid., p. 195.

1. 'Avxc xoû 7to),îfj.îtv 7to>>txe{a xaî yctopyia 8tà xr,v xtov 'PwjAaîwv STïixpâtckxv. Strab., 1. iv, p. 180. — Dio, xliv, 42.

2. Religioncm Druidarum apud Gallos tantum civibus interdixit. Suet., Claud., 25.

25 cher quelques gouttes de leur sang1. Mais en même temps que le système romain respectait en apparence les institutions druidiques, il travaillait en secret à les ruiner. Pour cela il fit alliance avec une doctrine ennemie du druidisme, coexistant près de lui sur le sol gaulois, et partageant avec lui le domaine des consciences gauloises : le lecteur devine que nous voulons parler du polythéisme gallique.

Autant l'incompatibilité du druidisme avec le système général des croyances romaines était profonde et insurmontable, autant il existait de rapprochements possibles entre ce système et celui du polythéisme gaulois, développement aussi d'une religion de la nature extérieure. Cette presque complète identité, nous l'avons dit plus haut, n'avait pas médiocrement frappé les Romains, lors de leur arrivée chez les nations du midi et de l'est. César avait témoigné une vive surprise de retrouver sur les rives de la Saône et de l'Allier les symboles religieux de Rome et de la Grèce. « Les Gaulois, « écrivait-il, reconnaissent les dieux des autres peuples, « et ils ont de ces dieux à peu près les mêmes idées que « le reste du monde2. » Entre dételles croyances, l'alliance était aisée. On connaît la parfaite tolérance des Romains à l'égard des cultes étrangers qui ne présentaient à leur politique ni obstacle ni péril; ou, pour mieux dire, leur soin attentif à rapprocher, à fondre ensemble les religions homogènes, afin d'introduire aussi dans le dogme cette unité universelle, lien et sauvegarde

1 . Ut ab ultimis credibus tempérant, ita nibilominus, ubi devotos altaribus admovere, delibant. Mêla., m, 2. — Strab., 1. iv.

2. De his eamdem fere quam reliquœ gentes habent opinionem. Cse?., Bell. Gall., vi, 17.

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