LIVRE VIII. — CHAPITRE II
Sacrovir, entraîné dans la fuite des siens, arriva à Augus- 21 todunum, où il espérait encore se défendre ; mais, trouvant le peuple et les magistrats découragés, craignant même qu'ils ne le livrassent au vainqueur1, il se réfugia avec ses plus chers amis dans sa maison de campagne, voisine de la ville. Ils y mirent le feu ; quand la flamme commença à les gagner, Sacrovir se poignarda, et ses compagnons s'entre-tuèrent. Tel fut le bûcher qui consuma ces nobles et malheureux défenseurs de la liberté' gauloise -.
Il ne paraît pas que de grandes vengeances aient suivi la réduction des Édues; Tibère, ombrageux et détesté , se souciait peu de prolonger des troubles qui réjouissaient les ennemis de sa tyrannie, et trouvaient presque des complices à Rome , au sein même du sénat3. D'ailleurs de nouvelles incursions des Germains, plus vives et plus redoutables que toutes celles qui avaient eu lieu depuis Auguste , vinrent absorber à propos l'attention des vainqueurs et des vaincus. Pour défendre la ligne du Rhin de concert avec les légions , les cités gauloises se dégarnirent de leurs milices ; la vie des camps établit des rapprochements favorables à une réconciliation mutuelle; et comme l'Empereur n'envoyait point de renforts à ses armées4, les préfets romains militaires et civils se virent dans la nécessité de ménager beaucoup la population transalpine, afin d'obtenir de gré
csedere tegmina et corpora; quidam, trudibus aut furcis, inertem molem prosternere... Tac, Ann., ni, 46.