LIVRE VIII. — CHAPITRE II
devant l'autel d'Auguste, au confluent des deux fleuves *. 39 Tant de folies n'inspiraient pas aux Gaulois, petits et grands, moins de pitié que de peur. Un jour que Caligula, assis sur un haut tribunal et déguisé en Jupiter, rendait des oracles au milieu de la place"2, un homme du peuple, fendant la foule, s'approcha, et, les yeux fixés sur l'Empereur, il restait immobile et comme 40 ébahi. Cet étonnement flatta Caïus, qui l'attribua sans doute à l'effet de sa majesté plus qu'humaine; et, appelant le Gaulois au pied de son trône, il lui demanda avec complaisance « ce qu'il lui paraissait. — Tu me parais, « répondit celui-ci, une grande extravagance*. » Ce sont les propres mots de cet homme, dit l'historien qui nous a transmis l'anecdote. Comme le courageux Gaulois était cordonnier 4, la liberté de son propos resta impunie : Jupiter ne voulut pas faire tomber si bas sa vengeance.
Claude, qui succéda à cet insensé, était son oncle, <u frère de Germanicus et fils de Drusus. Né à Lugdunum , le jour même de l'inauguration de l'autel d'Auguste5, il donna par affection une attention sérieuse aux affaires de la Gaule , et entreprit d'achever l'œuvre commencée par le second César : il fit pour cet objet un voyage dans, les trois provinces chevelues, examinant tout par ses propres yeux , réglant tout par lui-même. Claude se crut 43 assez fort pour attaquer ouvertement le druidisme : il
guave delere jussos, nisi ferulis objurgari, aut flumine proximo mergi maluissent. Suet., Calig., 20.