LIVRE VIII. -CHAPITRE II
« et de gloire au dehors, quand nous allâmes chercher 48 « des citoyens au delà du Pô ; quand , pour réparer « l'épuisement que causait à l'Empire le transport de « nos légions sur toute la terre , nous y incorporâmes « les plus braves guerriers des provinces, Regrettons- « nous d'avoir pris à l'Espagne ses Ralbus, et à la Gaule « narbonnaise tant d'hommes non moins illustres ? Leur « postérité subsiste encore, et leur amour pour cette « patrie ne le cède point au nôtre. Pourquoi Lacédémone « et Athènes sont-elles tombée, malgré la gloire de « leurs armes, si ce n'est pour avoir toujours exclu de « leur sein les vaincus, tandis que notre fondateur « Romulus, bien plus sage, vit la plupart de ses voisins, « le matin ses ennemis, le soir ses concitoyens ? Des « étrangers ont régné sur nous-, des fils d'affranchis ont « été magistrats : et ceci ne fut point une innovation, « comme on le croit faussement; ce fut un usage fré- « quent des premiers siècles. Mais les Senons nous ont « fait la guerre ? Apparemment que les Volsques et les « Èques ne nous ont jamais livré de batailles? Les « Gaulois ont pris Rome? Nous avons livré des otages « aux Toscans , et nous avons subi le joug des Sam- « nites K Encore , si nous parcourons l'histoire de nos « guerres, verrons-nous que nulle autre ne fut aussi « promptement terminée que la guerre contre les Gau- « lois. Depuis ce temps , la paix a été solide et constante. Croyez -moi donc, pères conscrits, consom- « mons cette union de deux peuples qui ont des «mœurs, des arts, des alliances communes; qu'ils « nous apportent leur or plutôt que de l'isoler dans
1. Capti a Gallis sumus; sed et Tuscis obsides dedimus, et Samnitiumjugum subivimus. Tac, Ann., xi, 24.
43 « leurs provinces *. Ce qu'on croit le plus ancien a été « nouveau : Rome prit d'abord ses magistrats parmi les « patriciens, puis indistinctement dans le peuple, puis « chez les Latins, puis enfin parmi les autres peuples « d'Italie. Ceci deviendra ancien à son tour, et ce que « nous défendons par des autorités en servira*. »
Malgré l'opposition d'un grand nombre de sénateurs, le projet du prince passa, et un sénatus-consulte fut rendu, qui conférait à la Gaule chevelue le droit d'entrée dans le sénat. La loi fut appliquée en premier lieu aux Édues, distinction que méritaient l'ancienneté de leur alliance et le nom de frères du peuple romain, qu'ils portaient seuls entre tous les Gaulois 3. Le discours de l'Empereur, gravé sur des tables d'airain, fut exposé à Lugdunum, près de l'autel d'Auguste. La Gaule était donc enfin assimilée à l'Italie, et les Alpes ne séparaient plus deux situations politiques inégales : une seule différence existait, c'est que le titre de la Gaule était nouveau, et qu'elle regardait encore comme un malheur la nécessité d'en jouir.
1. Jam moribus, artibus, affinitatibus nostris mixti, aurum et. opes suas inférant, potius quam separati habeant. Tac, Ann., xi, 24.
2. Inveterascet hoc quoque, et quod hodie exemplis tuemur inter exempla erit. Id., ibid.
3. Primi JEdm scnatorum in Urbe jus adepti sunt : datum id fœderi antiquo et quia soli Gallorum frateruitatis nomen cum populo romano usurpant. Id., ibid., 25.