LIVRE VIIÏ. - CHAPITRE III
Bri gantes, ces fidèles amis de l'étranger. Leur reine 51 Cartismandua, qui avait trahi et vendu l'infortuné Caractac, fière d'avoir procuré un grand triomphe à Claude1, s'abandonnait à tous les excès d'une autorité absolue. Son royaume et ses trésors accrus par les Romains l'enivrèrent d'orgueil et firent germer en elle l'amour du luxe et la corruption des mœurs. Elle avait pour mari Vénuse ou Vénusius, le plus renommé des chefs bretons depuis la chute de Caractac ; elle s'en dégoûta, le répudia, et partagea son lit et son trône avec Vellocat, son écuyer. Cet acte honteux agita tout le royaume. Vénuse avait pour lui la nation, Vellocat la passion indomptable et les fureurs de la reine : Cartismandua s'empara par artifice du frère et des parents de son premier mari, ce qui irrita les Bretons, qui d'ailleurs s'indignaient d'obéir à une femme2. Les peuples voisins accoururent au secours de Vénuse, et Jes Bri gantes se soulevèrent. Cartismandua aux abois appela les Romains; ils vinrent; la lutte fut longue, cruelle, indécise; la vie de Cartismandua fut sauvée, mais le royaume resta à Vénuse, et la guerre aux Romains3; pourtant elle se termina à leur avantage.
Dix années s'écoulèrent pendant lesquelles les généraux romains continuèrent à batailler contre les vaillants peuples de l'ouest sans les pouvoir dompter. A la constance patriotique se mêlait chez ces montagnards le fanatisme de la religion. La loi de Claude, qui abolissait le culte druidique et ordonnait l'extermination de ses
1. Instruxisse triumphum Claudii Cœsaris videbatur. Tac, Hist. m, 45.
2. Stimulante ignominia ne feminoe imperio subderentur. Id., Ann, xii, 40.