‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 356 sur 454 · Id., Ann., xiv · texte numérisé non relu

Id., Ann., xiv

ci char; à mesure quelle passait devant les différentes nations, elle leur disait « que ce n'était pas sans doute « une nouveauté pour les Bretons de marcher au com- « bat sous les ordres de leurs reines ; mais que, dans ce « moment-ci, oubliant tous les droits de ses aïeux, elle « ne venait point réclamer son royaume et sa puissance ; « qu'elle venait, comme la moindre des femmes, venger « sa liberté ravie, son corps déchiré de verges, ses filles « déshonorées1; que l'insolence romaine en était venue « au point de se jouer de leurs corps, de ne pas même « respecter l'enfance ni la vieillesse; que les dieux « enfin, secondant une juste vengeance, avaient détruit « la légion qui avait osé combattre; que les autres, « qui restaient cachées dans leur camp ou ne son- « geaient qu'à fuir, ne soutiendraient pas même la voix « et les cris, encore moins le choc et les coups de tant « de milliers de combattants ; qu'avec une cause et une « armée pareilles, il s'agissait de vaincre ou de périr; « que, femme, telle était sa résolution irrévocable-, « quant aux hommes, ils pouvaient, s'ils l'aimaient « mieux, accepter la vie et l'esclavage2. »

Suétonius, dans un moment si hasardeux, ne gardait pas non plus le silence; quoique plein de confiance dans la valeur de ses troupes, il entremêlait aussi les exhortations et les promesses. Il disait à ses soldats « de « mépriser le vain fracas de tous ces barbares, et leurs h menaces sans effet ; qu'on apercevait chez l'ennemi « plus de femmes que de soldats; que, mal armés, « n'ayant jamais fait la guerre, ils s'enfuiraient aussitôt

1. Ut unam e vulgo, libertatem amissam, confectum verberibus corpas, contrectatam filiarum pudicitiam ulcisci. Tac, Ann., xiv, 35.

2. Id mulieri destinatum : viverent viri et servirent. Id., ibid.

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