LIVRE IX. — CHAPITRE I
du génie rie la mort et de la destruction, et appelé du nom de sa divinité Vasso \ fut longtemps célèbre : il était revêtu en dehors d'énormes pierres de taille, en dedans des marbres les plus précieux incrustés de mosaïques ; son pavé était aussi de marbre, et sa toiture de plomb *.
Aussitôt que la Gaule avait acquis l'entière jouissance des droits politiques, et avant même que ces droits fussent bien consolidés, les Transalpins s'étaient insinués dans le gouvernement de l'Empire ; ils y jouèrent bientôt un rôle important. Les Romains leur reconnaissaient un puissant génie pour l'intrigue. Possesseur de richesses immenses, le noble gaulois, narbonnais ou chevelu, s'empressait d'aller les étalera Rome, où il consumait et son patrimoine et la substance de ses clients : clans un temps où les grandes familles romaines étaient appauvries, il éblouissait par sa magnificence et rivalisait avec les affranchis des empereurs ; c'était un premier pas pour s'élever : son esprit souple, son éloquence facile et complaisante, sa bravoure clans lesarmées,'ses largesses clans les palais, faisaient le reste ; il devenait chevalier, sénateur, préteur, consul, quelquefois même avant d'être
Mercurio facto in civitate Gallioe Arvernis, per decem annos, H-S. CCCC manipretio. Plin.,xxxiv, 7, §18. — 40 millions de sesterces==8, 200,000 fr. Sur la réputation de son travail, Zénodore fut appelé à Rome pour y fondre une statue de Néron.
1. Delubrum illud quod gallica lingua Vasso (al. Vasa) Galatœ significant. Greg. Turon., Hist. Franc, i, 29. — Bas, et avec l'aspiration Dhas, mort, destruction, en langue gaélique. Vassus, le Destructeur, était vraisemblablement un des surnoms du Mars gaulois.
2. À foris quadris sculptis fabricatum... intrinsecus marmore ac musivo variatum erat. Pavimentum quoque œdis marmore stratum ; desuper vero plumbo tectum. Greg. Tnron., Hist. Franc, i, 30. — Ce temple fut détruit par les Germains, du temps de Gratien,
bien solidement, bien légitimement citoyen romain *. II se passa, dans le premier siècle de l'Empire, peu de grands événements où quelque Gaulois ne se trouvât mêlé. Sous Tibère, Jul. AMcanus, originaire du pays des Santons, fut mis à mort comme complice de Séjan -. Le Viennois Valérius Asiaticus trempait dans l'heureuse conspiration qui délivra le monde de Caïus. Des Gaulois coopérèrent fortement, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, aux révolutions qui amenèrent et suivirent la chute de Néron.
Nous venons de nommer Valérius Asiaticus : qu'il nous soit permis de nous arrêter un moment à ce célèbre et curieux personnage, qu'on peut donner, sous plusieurs rapports, comme un type du Gaulois lancé dans les affaires politiques de Rome. Né à Vienne d'une antique et opulente famille indigène, Valérius alla s'établir à Rome pendant les dernières années de Tibère ; il y acheta ces fameux jardins que Lucullus avait commencés sous la république, les embellit encore et les termina, effaçant tout ce que Rome avait vu jusqu'alors de délicatesse et de luxe 3. Caïus l'admit dans sa familiarité -, puis ii corrompit sa femme et lui en adressa publiquement les plus humiliantes railleries 4 ; le Gaulois souffrit ou parut souffrir sans colère ce double outrage ; mais il se lia secrètement avec les ennemis de
1. Ante in domum consulatum intulit quam colonia sua solidum civita+is romanse benefidum consecuta est. Fragm Orat. Claud, in Tabul. Lugdun.
2. Tractus in casum eumdem Jul. Africanus e Santonis, gallica civiate. Tac, Ann„ vi, 7.
3. A Lucullo cœptos insigni magnificentia extollebat. Id., Ann., xi, 1.