LIVRE IX. —CHAPITRE I
Belgique et érigée en province particulière sous le nom pompeux de Germanie; c'était le département des armées. Deux subdivisions y avaient été établies, l'une supérieure, l'autre inférieure : la Germanie supérieure, siège de l'armée du haut Rhin, comprenait depuis l'Aar jusqu'à la Moselle ; la Germanie inférieure, siège del'armée du bas Rhin, s'étendait de la Moselle à FOcëan. De ce département des armées ressortissaient les tribus germaniques admises ou transplantées en Gaule : les Tribogues, les Némètes, les Vangions, les Ubes, les Gugernes, les Bataves. Presque tous les lieux d'habitation étaient des places de guerre, ou des châteaux militaires, ou des camps retranchés. La prééminence, pour la grandeur et i'importance, appartenait à la ville des Ubes; Agrippine, fille de Germanicus et mère de Néron, y avait fondé une colonie de légionnaires vétérans, et la ville avait pris de là le nom de Colonie AgrippinienneK
Il avait dû se former à la longue, il s'était en effet formé des rapports d'habitude et d'affection entre le soldat romain et la population de la Belgique. Si les cohortes auxiliaires et la cavalerie belge, en grand nombre dans les légions, vivant sous les mêmes tentes, combattant sous les mêmes aigles, avec la même discipline, pour la même cause, perdaient par ce mélange quelque chose de leur caractère national, elles exerçaient une influence à peu près pareille sur le caractère des Romains. L'inimitié nationale disparaissait pour faire place seulement à des rivalités militaires, et à des dissensions de corps. D'ailleurs les légions changeaient rarement de cantonnement, surtout les légions de Germanie; et le soldat, envoyé à vingt ans sur les bords du Rhi n, n'avait guère que la perspective