Colonia Agrippina, Agrippiuensia
d'y mourir, ou d'obtenir, au temps de sa vétérance, un champ sur cette même terre, une place dans ces mêmes villes où sa jeunesse s'était écoulée. De là naissaient un attachement involontaire au sol, des relations amicales avec la population gauloise, et même des liens d'affection plus puissants. Les villes et les camps fraternisaient, si j'ose employer* cette expression toute moderne : on se visitait, on s'adressait des députations, on s'envoyait des présents, souvenirs et gages d'hospitalité privée ou publique1. Il s'introduisait même dans les habitudes militaires des Romains quelque chose des coutumes du pays. On voyait des lieutenants de l'Empire, adoptant la saie à carreaux brillants, les larges braies belgiques, le collier et les bracelets d'or, guider les aigles romaines dans l'attirail de Vercingétorix ou d'Induliomar 2. Avec cette disposition mutuelle des esprits, les légions, dans leurs discordes intestines ou politiques, pouvaient compter sur de chauds auxiliaires parmi les peuples belges; en retour aussi, les sentiments et les passions de la Gaule, franchissant les palissades des camps, venaient bientôt agiter le soldat sous les tentes romaines. 58 La Gaule entière détestait Néron. Ses rapines, ses cruautés, ses débauches avaient indigné des peuples qui n'étaient point façonnés autant que Rome à ces orgies du despotisme. La Belgique nourrissait contre lui des ressentiments particuliers, et voici à quelle occasion : Paullinus Pompéius et L. Vêtus, lieutenants des armées, afin d'occuper l'oisiveté du soldat, l'employaient à d'utiles travaux: Paullinus acheva une digue commencée