LIVRE IX. — CHAPITRE I
leurs, et après une courte délibération, il leur montra es un orgue hydraulique perfectionné par ses soins, expliquant longuement le mécanisme, l'usage, la difficulté de cet instrument, et disant qu'il le ferait jouer sur le théâtre, « si pourtant Vindex le permettait1. »
La révolte de Galba mit fin à ces scènes puériles. Telle était sa réputation, que Néron se crut perdu. Il ne songea plus qu'à la guerre et à la vengeance ; il fit par le sénat déclarer Galba ennemi public, et promit dix millions de sesterces à qui lui apporterait la tête de Vindex. A la menace du tyran, Vindex répondit par cette autre : « Ma tête pour celle de Néron 2 ! » Les placards du Gaulois étaient affichés dans tous les carrefours de Rome, et jusque sous les portiques du palais impérial. Par un jeu de mots qui portait sur la double signification de Gallus et de Vindex, on disait « que le chant du coq avait réveillé Néron 3 ; » et la nuit on entendait des gens qui, feignant de se quereller, appelaient à grands cris un vengeur 4.
Cependant des sentiments divers agitaient la Gaule, divers sur Gaba, quoique presque unanimes contre Néron. Seule parmi les grandes cités transalpines, la colonie lugdunaise soutenait ouvertement celui qu'elle nommait son bienfaiteur 5, et Vienne, sa voisine et son ennemie, pour l'humilier, se livrait avec d'autant plus
i. Si per Vindicem liceat. Suet., Nero, 41. •
2. cO NÉpcova àTroxTîtvaç, tïjv ts xecpaXïjv aÙTOÙ xojjiffaç èjiol, ttjv È(j.ï)v àvTi),-/j'|/£xai. Dio, lxiii, 23.
3. Gallos eum cantando excitavisse. Suet., Nero, 45. — Gallus, un coq, un Gaulois.
4. Jam noctibus jurgia cum servis plerique simulantes, crebro Vindicem poscebant. Suet., loc. cit. — Vindex signifie en latin vengeur.
5. Lugdunensis colonia et pertinaci pro Nerone fide. Tac, Hist., i,51.
68 de passion à son zèle pour Galba. Tout le midi, toutes les nations riches et éclairées de l'est envoyaient des troupes à Vindex ; les Arvernes, les Édues, les Séquanes s'étaient placés à la tête des confédérés. Mais les peuples du nord, les anciens Belges, Rèmes, Lingons, Trévires, se groupaient autour des armées du Rhin, décidés à partager invariablement leur fortune *. Dans l'intérieur de ces armées régnaient le trouble et l'indécision. Le soldat sans doute haïssait Néron; mais Galba, qui avait commandé sous Caïus un des camps germaniques, y avait laissé la réputation d'un chef dur et avare. D'ailleurs ces vieilles légions placées au poste le plus périlleux, qui chaque jour défendaient au prix de leur sang la frontière de l'Empire, ne voyaient qu'avec dépit l'empereur sortir des rangs d'une armée oisive et sans importance. Elles appelaient Galba l'élu de Vindex ; « c'étaient, disaient- « elles, un préteur mécontent qui l'avait choisi ; c'étaient « cent mille Gaulois qui l'imposaient pour maître à la « république. Que devenait le respect des lois ? où était « la majesté du nom romain ? »
La conduite des deux lieutenants impériaux favorisait cette disposition des esprits, et prolongeait l'incertitude. Fontéius Capito , lieutenant de la Germanie inférieure, homme avide, débauché, ambitieux, se repaissant de secrètes espérances, semait dans son camp des bruits injurieux à Galba ; mais l'armée le méprisait : tous les regards se fixaient sur Verginius Rufus, qui commandait dansla Germanie supérieure. Verginius, fils d'un simple chevalier, était parvenu, par son seul mérite, au consulat et au grade militaire le plus élevé. A l'activité, à l'expérience de la guerre se joignait en lui une grand!'