LIVRE IX. — CHAPITRE I
lui fût offert, mais il périt assassiné par ses lieutenants. Galba donna le commandement vacant par sa mort à Vitellius, homme rempli de vices grossiers et couvert du mépris public; il rappela aussi Verginius, sous des prétextes bienvieillants, de peur que ses irrésolutions ne prissent fin quelque jour, ou que sa vertu ne se lassât : son successeur fut un vieillard faible d'esprit et rongé de goutte, Hordéonius Flaccus. Galba croyait par ces choix prévenir les complots ultérieurs en décourageant la rébellion ; il se trompa. Ces mutations de chefs s'opérèrent au milieu des plaintes et des troubles. De toutes parts couraient des bruits sinistres, inventés ou envenimés par les anti-galbiens, principalement par les Lugdunais, obstinés dans leur amour pour Néron1 ; ces bruits venaient agiter la Belgique et surtout l'armée, où le mensonge et la crédulité trouvaient le plus d'aliments : cependant l'une et l'autre reconnurent le nouvel empereur.
Vitellius profita habilement de la disposition des esprits. Vitellius sans doute était un homme méprisable, et ses vices pouvaient lui mériter à bon droit l'humiliante confiance de Galba ; mais il ne manquait ni d'adresse, ni d'une certaine énergie, ni de vigueur de corps. Il travailla à se rendre populaire dans l'armée, se montra libéral, juste même, et eut bientôt gagné l'affection du soldat. Parmi les chefs supérieurs se trouvaient deux hommes remuants, audacieux, avides d'argent et de pouvoir, Fabius Vaiens et Aliénus Cécina. Valons était outré contre Galba ; il l'avait averti des incertitudes de Verginius ; il avait mis fin aux entreprises de Capito en
1. In.ensa Lugdunensis colonia, etpertinaci pro Neronefidc, fecundrt rumoribus. Tac, Hist., i, 51.
le tuant de sa propre main, et se prétendait mal récompensé. Il animait Vitellius, lui représentant l'ardeur des soldats, la célébrité de son nom, l'impuissance d'Hordéonius à rien empêcher, la Bretagne et les auxiliaires de Germanie prêts à le suivre, les provinces mécontentes. « Que crains-tu d'un vieillard dont le pouvoir « précaire va passer en un instant? lui disait-il. La foret tune s'offre à toi, tu n'as qu'à lui ouvrir ton sein et à « la recevoir ; Vergïnius, d'une simple famille équestre, « fils d'un père inconnu, balança avec raison, sûr de « succomber s'il acceptait l'empire, et pouvant se flatter « de vivre après l'avoir refusé : il n'en est pas ainsi de « Vitellius ; les trois consulats cle son père, la censure, « l'honneur d'avoir eu pour collègues les Césars, depuis « longtemps donnent au fils l'éclat d'un empereur, et « lui ôtent la sécurité d'un particulier. » Ces discours faisaient impression sur l'âme ambitieuse de Vitellius 1. Dans le haut Rhin, Gécina, cloué des grâces de la jeunesse, d'une taille majestueuse, d'une ardeur bouillante, plein de charmes dans sa conversation et de noblesse dans sa démarche, possédait un empire absolu sur le soldat. Il était questeur en Bétique, lorsque Galba, pour récompenser le zèle avec lequei il s'était déclaré, lui confia, malgré sa jeunesse, le commandement d'une légion-, mais depuis, l'Empereur, ayant eu la preuve qu'il avait détourné les deniers publics, donna ordre qu'il fût recherché rigoureusement sur ce péculat. Cécina, irrité, résolut de tout bouleverser et de couvrir les débris de sa fortune des ruines cle l'État. Les germes de discorde ne manquaient point déjà dans cette armée : elle avait marché tout entière contre Vindex, et n'avait
t. Tac, Hist., i, 5l2.