LIVRE IX. —CHAPITRE I
reconnu Galba qu'après les légions du bas Rhin. Son 68 camp était aussi le plus fréquenté par la population belge. Les mécontents trévires, rèmes, lingons, y entraient à toute heure, tenaient des conciliabules avec les soldats, murmuraient, se plaignaient ensemble, exaltaient Verginius aux dépens de Galba ; et cet enthousiasme, ces regrets pour un chef absent étaient tout près de se reporter sur le premier qui se présenterait1.
Les Lingons, suivant un ancien usage, avaient envoyé en présent aux légions deux mains entrelacées, symbole d'hospitalité 2. Leurs députés, affectant une douleur et un abattement profonds, se montraient en habit de deuil sur la place d'armes, allaient de tente en tente, se répandant en plaintes , tantôt sur leurs propres injures, tantôt sur les distinctions des cités voisines; puis, quand ils voyaient le soldat attentif et animé, ils se récriaient sur les périls, sur les humiliations de l'armée même 3, et enflammaient tous les esprits. Déjà une sédition commençait, lorsque Hordéonius leur enjoignit de quitter le camp; et, par précaution, il les fit partir au milieu de la nuit. Mille rumeurs sinistres en coururent parmi les troupes ; on affirmait que les députés avaient été massacrés, et qu'on verrait bientôt, si l'on n'y prenait garde, les plus braves soldats, ceux qui s'étaient permis des murmures, périr ainsi dans l'ombre, à l'insu de leurs camarades. Les légions alors se lièrent entre elles par un traité secret. Pour les contenir, Hordéonius fit venir