‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 387 sur 454 · Luc en Dauphiné · texte numérisé non relu

Luc en Dauphiné

Cécina fut plus avide encore de sang et de pillage. Les Helvètes irritèrent ce caractère bouillant. La nation helvétienne, si célèbre dans les annales de la Gaule par le nombre et l'éclat de ses expéditions, déshabituée de la guerre, n'avait plus que le renom de son ancienne bravoure1. Ignorant encore la mort de Galba, elle refusait de reconnaître Vitellius. La cupidité et la précipitation de la vingt et unième légion commencèrent les hostilités. Cette légion avait enlevé l'argent destiné pour la solde d'une garnison helvétienne, que ce peuple entretenait de tout temps à ses frais 2. Les Helvètes irrités interceptèrent les lettres que Cécina adressait aux légions de Pannonie pour les entraîner à la révolte, et retinrent prisonniers un centurion et quelques soldats. Cécina, qui ne respirait que la guerre, saisit avidement l'occasion présentée; il dévasta le pays, et ruina d'abord un lieu fréquenté pour l'agrément et la salubrité de ses eaux minérales, et où s'était formée une petite ville. Il fit prévenir aussi les auxiliaires rhétiens de descendre des • montagnes et d'assaillir les Helvètes par derrière, tandis que les légions les combattraient en face.

Les Helvètes se réunirent en armes et élurent pour chef suprême un de leurs compatriotes, Cassius Sévérus; mais, au moment fatal, la résolution leur manqua. Ils ne savaient ni manier les armes, ni garder les rangs, ni manœuvrer de concert3. Se battre contre des vétérans, c'eût. été se perdre; se renfermer dans des murs

1. Irritaverant turbidum ingéniant Helvetii, gallica gens, olim armis virisque, mox memoria nominis clara. Tac, Hist., i, 07.

2. Rapucrant pecuniam missam in stipendium castelli, quod olim Helvetii suis militibus ac stipendia tucbantur. Id., ibid.

3. Non arma noscere, non ordines sequi, non in unum consalere. Id., ibid., 68.

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