‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 390 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE I

chant le passage des Alpes déjà au pouvoir des vitelliens, il envoya une flotte attaquer la eôte narbonnaise; lui-même, à la tête de son armée de terre, alla faire face à Cécina et à Valens.

La fortune, au commencement, sembla favoriser Othon. Sa flotte soumit tout le littoral narbonnais, sans trouver de résistance, et pourtant, au milieu de pillages et de violences inouïs. On n'eût jamais dit que c'étaient des troupes concitoyennes parcourant les rivages de leur patrie; elles saccageaient et mettaient tout à feu et à sang; et le dégât fut d'autant plus horrible, que nul ne se tenait sur ses gardes. Les campagnes restaient chargées de tous les trésors de la terre, les maisons ouvertes; les habitants, avec leurs femmes et leurs enfants, accouraient au-devant des soldats dans toute la sécurité qu'inspire la paix, et ils trouvaient les outrages et les calamités de la guerre *. Ils eurent enfin recours à Vitellius. Valens, qui était encore au pied des Alpes, fit partir aussitôt sa cavalerie trévire tout entière, quatre compagnies de cavalerie et deux cohortes d'infanterie tungrienne, sous la conduite du Trévire J. Classicus. Une partie de ces troupes resta dans Forum-Julii, que menaçait la flotte othonienne; l'autre, renforcée par une cohorte de Ligures, corps auxiliaire anciennement attaché à la défense du pays, et par cinq cents Pannoniens, se mit à parcourir la côte. • Entre cette petite armée et les gens d'Othon descendus à terre, il se livra coup sur coup deux combats très-vifs précisément sur le bord de la mer. Dans l'un et l'autre les vilelliens eurent le désavantage-, mais il en coûta beaucoup "de sang aux vainqueurs, et, par une espèce de trêve tacite 2, les deux par-

4. Tac, Hist., h, 12, 13. — Id., Agr c 7. 2. Velut pactis induciis. Tac,

69 tis s'éloignèrent, se retirant, les vaincus à Antipolis, les othoniens à Albingaunum, clans la Ligurie italique.

Cependant Valens continuait sa route, 11 fut arrêté un moment et mis en grand péril par l'indiscipline de ses soldats. Ces huit cohortes bataves qu'il avait ralliées chez les Lingons, et qui avaient déjà excilé du trouble au moment de leur réunion, se conduisaient envers les troupes romaines avec une arrogance excessive; elles rappelaient sans cesse leurs anciennes dissensions avec la quatorzième légion au sujet de Vindex, se vantant de l'avoir contenue, d'avoir enlevé à Néron l'Italie, et de tenir dans leurs mains tout le sort de la guerre. Chaque fois qu'un Batave passait devant la tente d'un légionnaire, il le saluait de ces bravades outrageantes 1. Les chefs en étaient importunés; les querelles, les disputes altéraient la discipline; Valens enfin craignait que de l'insolence ils ne passassent à la trahison. Aussi, dès qu'il eut appris que la flotte d'Othon avait repoussé la cavalerie trévire et les Tungres, et tenait la Narbonnaise bloquée, il mit à profit cette occasion pour disperser un corps trop puissant, et commanda à plusieurs des cohortes bataves de partir au secours de la Province.

Mais à cet ordre des murmures éclatèrent dans toute l'armée : Bataves, Gaulois, légionnaires même, tous réclamaient avec la même vivacité contre le départ des cohortes : « Pourquoi, disaient les légions, nous priver « de l'assistance de guerriers si intrépides; et, à la vue « de l'ennemi, presque sur le champ de bataille, nous « arracher ces braves vétérans signalés par tant de vic- « toires? Si une seule province vaut mieux que Borne et

4. Ut cujusque legionis tentoria accessissent, coercitos a se quartadecimanos, ablatam Neroni Italiam, atque omnem belli fortunam in ipsorum manu sitam jactantes. Tac, Hist., u, 27.

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