LIVRE V.— CHAPITRE I
montagneux que limitent au nord le Rhin, au midi la no vallée du Rhône et le bassin du Léman, à l'ouest la chaîne du Jura. Enfermées par cette ceinture de montagnes et de larges fleuves, presque sans communication avec le reste de la Gaule , les six tribus * composant le peuple helvétien étaient restées presque totalement étrangères au mouvement de civilisation qui se faisait sentir dans les plaines transjuranes. Cet isolement, et la vie pastorale à laquelle la nature du sol les condamnait, perpétuaient chez elles les vieilles habitudes gauloises de guerre et de vagabondage: toujours inquiètes, toujours en armes, elles passaient leur vie à faire ou à repousser des incursions du côté de leur frontière du Rhin. De grandes expéditions, dont le souvenir ne nous est pas resté, avaient valu à ce peuple un butin immense, et sa richesse, dans l'opinion des Gaulois, pouvait se comparer à sa bravoure 2 . A la vue des chariots chargés de dépouilles que les Kimro-Teutons traînaient avec eux, les Helvètes sentirent se réveiller leur passion pour les aventures; et bien loin de recevoir en ennemis les nouveaux venus, trois de leurs tribus se levèrent en masse pour les suivre : c'étaient les Tigurins 3, les Tuçjhènes 4, et les Ambrons ou Ambra, issus de ces anciens Galls-Ombriens qui trouvèrent un refuge en Helvétie , après leur expulsion de l'Italie circumpadane 5. Cette dernière tribu, la plus puissante des trois, avait sur pied trente mille hom-
1. Strabon n'en compte que trois (1. iv, p. 193); mais César dit positivement que de son temps il en existait quatre (Bell. Gall., i, 12): deux avaient été détruites par Marius.
2. <ï>a<7i6ÈxaiT:o),yxp'j<Toy; toù; 'E^ovvyruovç swxi. Strab., 1. iv, p. 193.
3. Tiguri, Tigurini. — Peuple de Zurich, à ce que l'on suppose.