‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 401 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE II

< Qu'on ne m'objecte point le combat de Vindex ; 69 c'est la cavalerie batave qui a écrasé les Arvernes

( et les Édues, et Verginius comptait des Belges dans

< ses rangs : à le bien considérer, la Gaule n'a suc-

< combé que sous ses propres forces ; aujourd'hui elle ( ne fera plus qu'un seul corps, et elle a pour elle la

< puissance de la discipline qu'elle a puisée dans les ( camps romains. Sous nos communs drapeaux se trou- ( veront ces cohortes de vétérans, qui viennent de faire t mordre la poussière aux légions d'Othon. Que la ( Syrie, l'Asie, tout l'Orient, accoutumés à des rois, se i résignent à servir, ils sont faits pour l'esclavage ! mais ( combien vivent encore dans la Gaule qui sont nés

< avant les tributs f ! Arminn naguère a présenté un admirable exemple; serait-il insensé d'espérer contre Vitellius un succès obtenu contre Auguste ? Il n'y a pas jusqu'à la brute que la nature n'ait douée du sentiment de la liberté ; elle a donné de plus le courage à l'homme, et les dieux sont pour le plus brave. Que lardons-nous donc à écraser de nos forces réunies un ennemi qui a divisé, épuisé les siennes ? Tandis qu'il se partage entre Vespasien et Vitellius, délivrons-nous tout à la fois de Vitellius et de Vespasien. »

Les Romains étaient donc chassés de l'île des Bataves; et Civilis, dévoilant ses grands desseins, travaillait à réunir dans une même indépendance les Gaules et la Germanie. Hordéonius, comme nous l'avons dit plus haut, croyant faire mouvoir l'instrument d'un parti romain, l'avait poussé à cette guerre, et par son inaction avait favorisé les premiers succès du Batave; mais lors-

1 . Servirent Syria Asiaque, et suetus regibus Oriens : multos adhuc in Gallia vivere, ante tributa genitos. Tac, Hist., iv, 17.

«9 que les courriers lui eurent annoncé coup sur coup que le camp était forcé, les cohortes taillées en pièces, le nom romain effacé de l'île, inquiet et irrité, il ordonna au lieutenant Mummius Lupercus de marcheîr contre Civilis. Lupercus commandait un camp de deux légions ; il prit les légionnaires qu'il avait avec lui, les auxiliaires ubiens,qui étaient tout proche, la cavalerie trévire, cantonnée non loin de là, et il passa le fleuve en diligence. Il avait aussi renforcé ses troupes d'une division de cavalerie batave, gagnée depuis longtemps, mais qui feignait encore de la fidélité, afin que sa défection, ayant lieu sur le champ de bataille même, eût plus d'importance et d'éclat.

Civilis ne tarda pas à paraître avec toutes ses troupes ; il marchait environné des enseignes romaines enlevées sur les cohortes, pour frapper les siens par le spectacle de leur gloire récente, et l'ennemi par le souvenir de sa défaite. Derrière le corps de bataille il fit ranger sa mère, ses sœurs, et toute la foule des femmes et des enfants, comme un aiguillon de plus à la victoire et une honte de plus contre la fuite i.

Le chant des guerriers, les hurlements des femmes, donnèrent le signal du combat; un second cri, mais plus faible, partit des légions ennemies et décela le découragement et l'effroi, car leur aile gauche venait d'être mise à nu par la désertion de la cavalerie batave, qui s'était tournée aussitôt contre elles. Malgré ce revers, le" soldat légionnaire gardait ses armes et son rang; mais les auxiliaires ubiens et tfévires, se débandant avant le premier

i. Matrem snam sororesque, simnl omnium conjuges parvosque liberos, consistere a tergo juljet; hoi'Lauteula vielorise vel pulsis pudorem. Tac, Hist., îv, 18.

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