LIVRE IX. — CHAPITRE II
choc, se dispersèrent dans la campagne. Ce fut à eux que s'attachèrent les Germains, ce qui donna le temps aux légions de repasser le Rhin, et de gagner un de leurs forts appelé Vclcm-Castra i, c'est-à-dire le Vieux- Camp, poste important qui faisait partie de la ligne de châteaux bâtie autrefois par Auguste. Civilis venait de remporter une victoire sur ses ennemis; il lui restait à se défaire d'un rival. Le préfet de la cavalerie batave qui avait trahi les Romains, Claudius Labéo, le traversait dans ses plans; il existait entre eux d'anciennes querelles : tous les deux, dans leur nation, étaient chefs de factions opposées. Civilis craignait, en le faisant mourir, de se rendre odieux par un assassinat, et, en le gardant avec lui, d'entretenir un ferment de discorde dans son armée; il prit le parti de le reléguer au delà du Rhin, sur le territoire des Frises 2.
Cependant les huit cohortes bataves attachées anciennement à la quatorzième légion, renvoyées par Vitellius d'Italie à Moguntiacum, dans la province germanique supérieure, avaient été de nouveau rappelées par l'Empereur au delà des Alpes. Elles étaient en pleine marche, lorsqu'un courrier, dépêché par Civilis, les atteignit; le chef insurgé leur annonçait sa nouvelle victoire, et n'épargnait ni exhortations ni promesses. Leur résolution fut tout d'un coup prise d'embrasser la cause commune de tous les Rataves, et elles revinrent sur leurs pas. Néanmoins, comme elles se trouvaient environnées de forces romaines considérables, elles crurent devoir prendre un prétexte, et réclamèrent avec hauteur du lieutenant impérial la gratification, la double solde, et