‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 404 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE II

« long et infructueux, elles cherchaient leur patrie et 69 « du repos; que si elles ne trouvaient point d'obstacle, « elles passeraient sans commettre aucune hostilité; « mais que si on leur opposait les armes, elles avaient a aussi du fer pour s'ouvrir un chemin *. » Gallus balançait : ses soldats l'enhardirent à tenter la fortune. Il avait avec lui trois mille légionnaires, un corps de Belges levés tumultuairement, et un grand nombre de paysans et de vivandiers armés, troupe insolente avant le péril, lâche dans le combat : ils sortent impétueusement par toutes les portes, afin de cerner les Bataves, inférieurs en nombre. Ceux-ci, vieux guerriers, se forment en épais bataillon, serrent les rangs, font face de tous côtés, et bientôt ils eurent enfoncé l'armée ennemie qui s'était étendue en front, et n'avait point de profondeur. Les Belges lâchent pied, la légion recule et regagne en désordre ses retranchements. Là se fait le plus grand carnage : les tas de morts s'accumulent dans le fossé, et ils ne périssaient pas seulement par le fer des Bataves, mais ils s'étouffaient en tombant les uns sur les autres, ou se perçaient de leurs propres armes. Les vainqueurs, évitant la colonie Agrippinienne qui se trouvait sur la route, continuèrent tranquillement leur marche. Ils s'excusaient du combat de Bonn sur l'injustice des Bomains, qui, disaient-ils, leur refusant la paix, les avaient mis dans la nécessité de se défendre par la guerre. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à Civilis 2.

Par la jonction de ces vieilles cohortes, le chef batave se voyait une armée régulière; toutefois encore incertain , réfléchissant sur la puissance romaine, il se borna

1. Sin arma occurrant, ferro viam inventwos. Tac, Hist., iv, 20.

à faire reconnaître Vespasien par toutes ses troupes; il députa aussi vers les deux légions retirées à Vétéra, leur demandant un serment pareil. Il reçut pour réponse, « que les Romains ne prenaient pas conseil d'un traître « et d'un ennemi ; qu'ils avaient pour empereur Vitel- « lius; qu'ils combattraient pour lui jusqu'au dernier « soupir; qu'il convenait mal à un Batave déserteur de « s'ériger en arbitre de l'empire de Rome; qu'il n'avait « à espérer de son crime qu'un juste châtiment1. » Ces paroles rapportées à Civilis l'enflammèrent de courroux: il se mit aussitôt en marche avec tous ses Bataves, soutenus des secours envoyés par les Bructères et les Tencthères, et il dépêcha courriers sur courriers en Germanie, invitant les peuples en masse à venir partager avec lui la gloire et le butin.

Pour soutenir un choc si menaçant, les lieutenants des deux légions de Vétéra, Mummius Lupercus et Numisius Rufus, en firent réparer à la hâte les retranchements. Une espèce de ville, qui, à l'abri d'une longue paix, s'était formée non loin du camp, fut démolie, de peur que l'ennemi ne s'y logeât. Mais les généraux, négligeant le soin des approvisionnements, permirent aux soldats de piller les environs; et ce qui eût pu pourvoir aux besoins de plusieurs mois suffit à peine au gaspillage de quelques jours.

Sur ces entrefaites, Civilis arriva, occupant le centre de son armée avec l'élite des Bataves : les troupes germaines couvraient la rive du Rhin au-dessus et au-dessous du camp; la cavalerie se déploya et battit au loin la

1. Esse sibi Vitellium principem, pro quo fidem et arma, usque ad supremum spiritum retenturos : proinde perfuga Batavus arbitrum rerum romanarum ne ageret, sed méritas sceleris pœnas exspectaret. Tac, Histl, iv, 21.

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