‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 406 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE II

« succès de Vespasien ; que des guerres et des haines 69 « ouvertes qu'on repoussait ouvertement étaient cent fois « préférables à la fraude et à l'artifice qui, se cachant « dans l'ombre, portaient des coups bien plus sûrs; que « le soldat avait deux ennemis, Civilis sur le champ de « bataille, et Hordéonius ordonnant de sa chambre et « de son lit tout ce qui convenait à Civilis, Pourquoi, « s'écriaient alors les plus emportés, pourquoi souffrir « qu'un seul homme vieux et infirme dispose des bras et « des armes de tant de braves gens? Ne vaut-il pas mieux, « par la mort du traître, soustraire notre fortune et notre « valeur à une influence qui nous perd? » Tels étaient les discours par lesquels ils s'excitaient entre eux, lorsqu'une lettre de Vespasien vint ajouter à leurs emportements. Hordéonius, dans l'impossibilité d'en faire mystère, la lut publiquement aux soldats, et il envoya pieds et poings liés à Vitellius ceux qui la lui avaient apportée.

Ayant un peu calmé les esprits, il se mit en route pour Bonn sur les pas de Vocula. Il y trouva les soldats de la première légion encore plus courroucés contre lui que sa propre année, ils l'accusaient de leur défaite récente. « C'était par son ordre, disaient-ils, qu'ils avaient « marché contre les Bataves, sur la promesse que ses « légions à lui partiraient de Moguntiacum ; c'était par sa « trahison qu'ils avaient été taillés en pièces, les secours « n'étant point arrivés; il laissait ignorer leur situation « aux autres armées; il la cachait à leur empereur, « tandis que, avec le concours de tant de provinces, il « eût été si facile d'étouffer un mal qui ne faisait que de « naître. » Hordéonius lut devant toutes les légions réunies les copies des lettres qu'il avait écrites dans les Gaules, en Espagne et en Bretagne, pour demander assisii. 2a

69 tance, et il établit, par une condescendance impolitique, que les dépêches seraient remises désormais aux porteaigle des légions, par qui les soldats en prendraient lecture avant les généraux. Il fit alors mettre aux fers un des séditieux, non qu'il n'y eût qu'un seul coupable, mais pour donner preuve de quelque autorité. L'armée ensuite marcha de Bonn vers la colonie Agrippinienne, où arrivaient de tous côtés des renforts de la Gaule septentrionale, toujours attachée à Vitellius1. Cependant, l'esprit de révolte n'était point étouffé dans les légions, et la punition d'un seul homme ne produisait aucune terreur; au contraire, ce soldat mis aux fers était le premier à charger le lieutenant impérial comme son complice : il se disait l'agent d'Hordéonius et de Givilis, et c'était, affirmait-il, pour ensevelir dans l'ombre la vérité, qu'on voulait le perdre. Vocula, dans cet instant critique, déploya une fermeté admirable; montant sur son tribunal, il fit saisir et supplicier le soldat, malgré la violence de ses cris; les séditieux intimidés se turent, et Vocula fut recompensé de son courage par l'estime générale. Sur les instances de toute l'armée, qui le demanda pour chef, Hordéonius lui remit le commandement.

Mais, outre ce levain de discorde, mille causes ulcéraient les esprits : le manque de vivres, et la solde qui n'était point payée; les provinces éloignées des Gaules qui refusaient le tribut et l'enrôlement2; une sécheresse inouïe qui permettait à peine au Rhin de porter des bateaux ; la difficulté d'approvisionner les camps ; enfin

1. Effluentibus auxiliis Gallorum, qui primo rem romanam enixe juvabant. Id., ibid.,25.

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