‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 415 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE II

principal aliment de la sédition. S'abandonnant aux 69 débauches et aux festins, dans des conciliabules nocturnes, les soldats se plaignent, s'excitent, rallument leur ancienne fureur contre Hordéonius; et personne parmi les lieutenants ou les tribuns n'osant leur résister ( car la nuit leur avait fait perdre toute honte), ils se précipitent sur sa tente, l'arrachent de son lit et le massacrent1. Ils réservaient le même sort à Vocula, si, déguisé en esclave, il n'eût profité de l'obscurité pour se sauver sans être reconnu. Sitôt que l'emportement eut fait place à la peur, ils envoyèrent des centurions avec des lettres pour aller dans toutes les cités gauloises solliciter des secours en hommes et en argent.

Civilis ne laissa pas à ces secours le temps d'arriver, il parut à l'improviste devant le camp. Ces troupes sans chef coururent aux armes tout en désordre, les jetèrent l'instant d'après, et prirent la fuite. Des revers naquit la discorde : la quatrième et la dix-huitième légion , qui composaient l'armée du haut Rhin, se détachèrent des autres pour former un parti séparé. Elles rétablirent toutefois dans leur camp, ainsi que l'armée du bas Rhin, les images de Vitellius, quoique Vitellius fût déjà mort, et les cantons les plus voisins de la Belgique, soit de gré, soit de force, imitèrent leur exemple; puis ces deux légions, changeant encore et se repentant, allèrent, ainsi que la première, trouver Vocula, le replacèrent à leur tête, renouvelèrent le serment à Vespasien, et de là marchèrent au secours de Moguntiacum, assiégé par des bandes de Germains. Mais ces bandes pillardes avaient

1. Effasi in luxum et epulas et nocturnos cœtus, veterem in Hordeonium iram rénovant : nec ullo legatornm tribunorumve obsistere auso (quippe omnem pudorem nox ademerat), protractum e cubili interficiunt. Tac, Hist., iv, 36.

C9 déjà été battues par les Trévires, aidés des postes romains : les Trévires, pour arrêter les incursions des tribus transrhénanes, avaient construit sur leur frontière une muraille bordée d'un retranchement, et de là ils faisaient une guerre acharnée aux Germains1.

Cependant le parti vitellien en Italie succombait, non sans une résistance vigoureuse ; Rome était le théâtre de luttes sanglantes, pendant lesquelles le Capitole fut incendié, et Primus, comme dans une ville prise d'assaut, proclama Vespasien sur des monceaux de cadavres. La nouvelle de ces catastrophes vint alimenter au delà des Alpes l'agitation déjà violente des esprits. Les antivitelliens rappelèrent avec une joie superstitieuse le pronostic qui avait annoncé, quelques mois auparavant, la chute prochaine de Vitellius, quand un coq était venu s'abattre sur sa tête, dans le forum de Vienne : l'origine de Primus et son surnom de Bec paraissaient mettre en pleine évidence la réalité du présage2. Mais ce qui produisit l'impression la plus profonde, ce fut l'embrasement du Capitole. « Nos pères, disait-on, prirent jadis et « brûlèrent Home, mais le Capitole resta debout, et Rome « se releva de ses cendres : aujourd'hui le Capitole et le « temple de Jupiter ne sont plus. Cet événement n'a rien « de fortuit; signe manifeste de la colère divine, il est le « terme que les destins ont marqué à la puissance de « Rome3. » On vit alors de toutes parts les druides sortir des retraites sauvages où la persécution de Claude les avait relégués, et reparaître en triomphe dans les villes,

1. Loricam vall unique per fines suos Treveri struxere, magnisque invicem cladibus cum Germanis certabant. Tac, Hist., iv, 37.

Page 1